Je suis allé à la rencontre de guérisseuses en France, en Suisse, au Canada. 

Guérisseuses ? Des femmes qui prennent en charge les maux ne trouvant plus aucune écoute, qui prennent indistinctement soin du corps et de l’âme, qui soignent à partir de dons. Vous pouvez les appeler énergéticiennes, magnétiseuses, naturopathes, médiums, écothérapeutes, chercheuses en mémoire cellulaire, chamanes, etc. Elles sont pour notre temps celles que les pouvoirs temporels et religieux ont autrefois malmenées, persécutées avant de les faire disparaître par le feu. 

À chacune j’ai demandé de me confier la manière dont elle était devenue guérisseuse, les dons à partir desquels elle pouvait déclencher chez ses patients un processus de guérison. Pour connaître leur art, j’ai reçu de leur part un soin, parfois plusieurs. Ce sont les notions de « maladie » et de « guérison » qu’interroge ce voyage, entrepris un jour après être allé voir une médium qui m’envoya libérer l’âme de ma mère auprès d’un prêtre exorciste. Adolescent, en écoutant les garçons parler des filles, en questionnant la condition des femmes partout dans ce monde, j’ai souvent eu honte d’être un homme. 

Adolescent, en écoutant les garçons parler des filles, en questionnant la condition des femmes partout dans ce monde, j’ai souvent eu honte d’être un homme. Me diriger vers ces femmes qui, parce qu’elles se sont relevées de leurs blessures, peuvent venir au secours de leurs semblables, porter assistance à une humanité en danger, était pour moi entreprendre mon chemin de guérison. Elles incarnent la puissance du féminin dont nous avons, hommes et femmes, si terriblement peur. Une peur qui a justifié qu’on discrédite longtemps leur art né de l’expérience et de l’élan d’apaiser. Elles représentent l’accès à ce monde que nous avons perdu. 

« Les femmes que j’ai invitées dans ces pages et qui ont accepté mon invitation sont des servantes de la vie, des guérisseuses d’âme et de corps, des bienfaitrices qui réveillent notre désir de faire en sorte que la volonté de préserver, de protéger, de réparer l’emporte sur la volonté de détruire. Nous détruire. Notre espèce se suicide mais, dans le même temps, des femmes se penchent sur les plaies de nos âmes. La vie pendant que nous l’insultons, plus déterminée que jamais peut-être, travaille à sa perpétuation et à notre éveil. Un éveil spirituel. » Jean-Philippe de Tonnac 

Jean-Philippe de Tonnac est écrivain, essayiste et éditeur. Son roman Azyme chez Actes Sud a obtenu le prix Écritures & Spiritualités 2017. Il est notamment l’auteur de René Daumal, l’archange (Grasset, 1998) ; avec Anne Brenon de Cathares : la contre-enquête (Albin Michel, 2008) ; avec Frédéric Lenoir de La mort et l’immortalité – Encyclopédie des savoirs et des croyances (Bayard, 2004) ; avec Roland Feuillas de À la recherche du pain vivant (Actes Sud, 2017). Il est éditeur pour la collection « Bouquins » (Robert Laffont), collabore régulièrement au Monde des religions, enseigne à l’Institut des hautes études du goût à Reims et au Cordon Bleu à Paris.