Dans l’Opinion du 26 juin, en réaction au vote pour le Brexit – encore une – Pascal Lamy affirme que « L’Europe doit donner la preuve qu’on fait mieux ensemble que séparément ». S’agit-il d’une superbe démonstration de langue de bois ? Ou de stupidité sincère ? Je ne peux hélas qu’imaginer le pire cas.

Décortiquons la phrase. Ensemble et séparément. Qu’on m’explique ce que cela signifie. De qui parle-t-on ? Des pays ? Des gens, des individus, des peuples ? Ou des politiciens ? En quoi le Brexit changerait-il quoi que ce soit à la réalité quotidienne du lien entre les individus qui se côtoient de chaque côté de la Manche ? En rien, bien sûr, les relations et les contrats n’ont changé en rien et ne changeront probablement pas dans leur objet. L’Europe n’est pas une Union, mais un artifice.

C’est de l’intox caractérisée que passer directement d’un vote populaire à ce genre de grande phrase sans lien avec la réalité. Pascal Lamy, comme le fait depuis Hollande, ose tenter de culpabiliser les électeurs britanniques, donnant ainsi de belles démonstrations de leur irrespect envers les peuples.

On fait mieux. Vraiment ? Mais qui est ce « on » et qui sait ou décide de ce qui est « mieux » ? Faire mieux, voilà un des grands fantasmes des économistes et politiciens grenouillant à Bruxelles. Comme si les entrepreneurs sur le terrain les attendaient pour choisir chaque jour ce qui est le mieux pour eux, pour leurs affaires et donc pour leurs clients et pour la société dans son … ensemble – tiens ?

Rappelons quelques bases d’économie : de même que le bonheur est un concept toujours personnel, la valeur et l’utilité des choses ne peuvent s’apprécier que par chacun de nous, à sa manière, selon ses goûts et préférences, sa situation et ses projets. Imaginer qu’on pourrait savoir à notre place ce qui est le mieux pour nous est une insulte faite à notre intelligence et à notre libre-arbitre.

Mais le « mieux » reste le « donner la preuve ». Donner la preuve ? Mais de quoi et surtout à qui ? Il y aurait donc une accusée, l’Europe semble-t-il, dont certains douteraient du « mieux » qu’elle peut apporter ? Tiens donc, le projet européen n’irait pas de soi, ou du moins sa réalité à ce jour ? Quel blasphème, vraiment, Monsieur Lamy ! Il est amusant de vous voir avouer tout seul que le plus grand projet socialiste du continent est si peu fondé dans ses principes et convainquant dans ses résultats que la « preuve » de sa pertinence ferait question à la moindre égratignure de vos plans marxisants.

Quand je pense que certains voient en Pascal Lamy un libéral, je reste perplexe. Il nous montre qu’il n’est guère qu’un autre beau parleur aux dents blanches mais à l’âme noire. Mais il est vrai que c’est aussi le cas de pas mal de pseudo-libéraux qui hantent les couloirs de la démocratie libérale…

Stéphane Geyres