Et dans la torpeur du premier week-end d’été, deux banques européennes firent faillite.

C’est un grand principe, les banques sombrent le vendredi soir. Cela permet à monsieur le Marché de ne pas broyer du noir et à la Parasitocratie de s’organiser pour sauver les meubles.

Vendredi 23 juin, donc, Veneto Banca et Banca Popolare di Vicenza sont en faillite ou sur le point de l’être, selon la BCE. Ceux qui seraient intéressés par le jargon technique justifiant cette décision peuvent le consulter ici.

Ces deux banques italiennes manquent de capitaux propres et ont été incapables de présenter un plan de recapitalisation. Elles ne remplissent pas les conditions pour être éligibles au système de résolution européen. Veneto Banca et Banca Popolare di Vicenza devront se soumettre au régime légal de la faillite en vigueur en Italie.

Ces deux banques possèdent 60 Mds€ d’actifs toxiques (12 kerviels) auxquels personne ne veut toucher, des prêts non performants. Rappelons qu’en 2008, un seul kerviel était censé faire trembler la finance mondiale. Depuis, beaucoup de progrès a été accompli, comme vous le voyez…

Le dimanche, revirement. Margaret Vestager, Commissaire européenne à la concurrence, donne le feu vert à une intervention de l’Etat : « l’Italie considère qu’une aide publique est nécessaire pour éviter un désordre économique dans la région de Venise ».

Le dimanche également, l’Italie mettait sur pied un décret pour libérer à terme 17 Mds€ dont 5 Mds€ immédiatement. Intesa San Paolo va reprendre les « activités saines » des deux banques pour 1 € symbolique et recevra 400 M€ de la part de l’Etat italien. C’est un montage assez similaire à celui qui a été fait en Espagne lorsque Banco Santander a absorbé Banco Popular.

« Ce sauvetage est en faveur des détenteurs de comptes courants, des épargnants […], de ceux qui travaillent dans ces banques, en faveur de l’économie de ce territoire et en fin de compte de la bonne santé de notre système bancaire », a déclaré le chef du gouvernement, Paolo Gentiloni.

En réalité, ce sauvetage se fait au détriment des contribuables, mais seulement des contribuables italiens.

Ce ne sont pas les déposants et les épargnants que viennent de sauver les contribuables italiens, mais les actionnaires et créanciers institutionnels les seniors bondholders, au premier rang desquels se trouve la BCE qui, ne l’oublions pas, détient un gros portefeuille de dette italienne.

« Ceux qui nous critiquent n’ont qu’à proposer une meilleure alternative. Je n’en vois pas », a indiqué le ministre italien de l’Economie Pier Carlo Padoan.

La meilleure alternative consiste à laisser mourir ce qui doit mourir. Mais cela n’était pas possible en raison du risque de contagion, admettent certains analystes financiers de Messine cités par la BBC.

La prochaine banque sur la liste des pestiférées est la Carige de Gênes.

Lundi, M. Le Marché ouvrait en forte hausse en Italie. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles pour la Parasitocratie.

§  Unicredit gagne 2,9%

§  Banco BPM gagne 2,6%

§  BPER Banca gagne 1,9%

§  UBI Banca gagne 1,7%

§  Mediobanca gagne 1,6%

L’indice Euro Stoxx Banks gagnait 0,6%.

Rappelons qu’Unicredit est censé lever sur les marchés 13 Mds€ pour se recapitaliser.

Que devons-nous retenir de l’épisode Italie de ce feuilleton bancaire « Banques malades en Europe » ?

Tout d’abord, Bail-inbail-out, système de résolution bancaire, stress-tests, instance de supervision… peu importe le jargon et l’habillage : c’est toujours le contribuable qui est en bout de chaîne.

Ensuite, le capitalisme sans la faillite est, comme le communisme sans le goulag, un système boiteux. Le système de monnaie-dette ou de monnaie-crédit, qui empile les mauvaises créances et refuse l’assainissement par la faillite, devient de plus en plus ingérable. Les promesses de payer un jour faites par les Etats-providence sont à l’origine de la plupart de ces dettes. Ces promesses ne sont plus finançables.

Les contribuables européens, comme les contribuables américains, commencent à ressembler à des citrons pressés. Quel jus leur restera-il lorsqu’il faudra sauver les banques françaises et allemandes malades de leurs produits dérivés ?

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit