En amont de la LPM, le Livre Blanc d’avril dernier fixe les grandes lignes mais n’exprime qu’une vision partielle des enjeux globaux. Le volontarisme affiché ici ou là et l’appel à accroître l’effort au niveau européen débouchent en fait sur la réduction du modèle d’armée. Dans une opération majeure, la France n’aurait plus les moyens d’un engagement au-delà de 15 000 hommes.
Alors même que les dépenses publiques s’élèvent à 57% du PIB, l’Etat ne parvient pas à allouer les sommes nécessaires à cette fonction éminemment régalienne qu’est la Défense. En dynamique, le budget militaire représentera à peine 1,5% du PIB, soit une part deux fois moindre qu’il y a trente ans, le financement du Welfare State drainant les ressources publiques.
Certes, le ministre de la Défense annonce 31,7 milliards d’euros par an sur la période 2014-2019, ce qui semble assurer une certaine stabilité. A y regarder de plus près, il s’agit là d’une nouvelle réduction des moyens financiers. D’une part, l’inflation rognera le pouvoir d’achat des armées. D’autre part, ces montants incluent des ressources hypothétiques, le produit de la vente d’actifs patrimoniaux demeurant en effet aléatoire.
Pour que la France conserve son rang, la conjoncture impose une utilisation optimale des deniers publics et la définition en amont de critères rigoureux des choix à opérer. Si les armées françaises doivent couvrir la totalité du spectre des capacités militaires, du spatial au char lourd, des frégates aux hélicoptères, cela ne signifie pas qu’il faille tout produire en France.
Dans les domaines de souveraineté comme le nucléaire et le renseignement, c’est bien le principe national qui doit prévaloir : l’autonomie de décision et la liberté d’action l’emportent sur la stricte rationalité économique. Au-delà, le rapport coût/efficacité, la disponibilité dans les délais des matériels et les perspectives à l’exportation sont des critères de choix incontournables. La capacité des forces armées à intervenir, ici et maintenant, est impérative et le budget doit être géré à l’euro près.

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