Les Libyens ont voté le 20 février pour l’élection d’une commission qui sera chargée de la rédaction de la Constitution de leur pays. Mais très peu se sont déplacés. De son côté, le premier Ministre libyen tente de donner une nouvelle impulsion aux institutions libyennes en panne.

Malgré l’importance de cette élection qui doit permettre de donner une constitution et de déterminer la question cruciale de la place de la religion, les Libyens ont boudé l’élection des 60 membres devant constituer le comité de rédaction constitutionnel.

Sur environ un million de personnes inscrites – très peu sur une population de près de 6 millions – seulement près de 400 000 à 450 000 ont voté. Soit près de 15% de la population !

Par ailleurs, les Amazighs ont boycotté les élections.

La déception des Libyens

A cela plusieurs raisons. Hormis le climat de violence qui règne depuis la mort de Kadhafi, les Libyens sont tout d’abord très déçus par le Congrès Général National (CGN). Depuis son élection en juillet 2012, il a été impuissant à régler le problème sécuritaire.

Les députés ne cessent d’ailleurs d’être menacés par les milices. Et les islamistes mènent la danse, depuis quelques mois, pour faire tomber le gouvernement.

Enfin, le concept même de constitution reste trop inaccessible, et surtout trop lointain pour des Libyens davantage aujourd’hui préoccupés par leur sécurité, mais aussi par leurs salaires.

Les sites pétroliers sont en effet bloqués depuis des mois par des fédéralistes de l’Est purs et durs provoquant ainsi une baisse des recettes pétrolières. Cela pourrait avoir un impact sur les salaires.

Si cette élection représente un pas de plus vers la démocratie, force est de constater que la réalité du terrain empêche toujours, la mise en place des éléments constitutifs d’une démocratie.Tout d’abord, le gouvernement n’arrive pas encore à mettre en place une armée. Ce sont les très nombreuses milices, dont les membres se comptent aujourd’hui par milliers, qui font la loi sur le terrain.

Si à quelques exceptions, elles sont toutes intégrées à l’armée, elles n’obéissent en fait qu’à leurs propres chefs et elles ont gardé leurs propres structures.

Le paradoxe de la situation est que ces milices sont payées par le gouvernement qui au lendemain de la révolte 2011 leur a demandé d’assurer la sécurité des villes.

Mustapha Abdeljalil, le président islamisant du Conseil National de Transition (CNT), le premier organe politique, a été le premier à mettre le doigt dans l’engrenage infernal des milices avec l’islamiste ex-djihadiste Abdelhakim Bel Haj.

Les autres chefs de milice ont par la suite suivi en disputant les édifices publics aux islamistes. Aujourd’hui, les milices sont toujours rémunérées sur la base de lourds chantages….

Par ailleurs, il n’y a pas de justice. Les juges ne sont pas libres de rendre des jugements à l’encontre de miliciens qui commettent des exactions par crainte de représailles. Et on a toujours plus de 8000 personnes, voir plus, qui croupissent dans des geôles officielles et non officielles, sans parler des tortures ou des menaces de sentence.

Dans ces conditions on peut mettre en doute la crédibilité des aveux des prisonniers même ceux des plus hauts dignitaires du régime !

H.BRAVIN