À y regarder de près, les multiples réformes lancées tiennent plus du maquillage. Le fond ne change pas. Et les voyants orange passent au rouge dans

Où est passé le jeune Macron, ministre de l’Économie, qui dénonçait « les Français drogués à la dépense publique ». La Cour des comptes vient d’annoncer que la rémunération des fonctionnaires a progressé de 3,9 % en 2017 et que les effectifs de la fonction publique d’État ont bondi de plus de 11 500 postes ! Où est la révolution Macron ? Dans le subtil lifting opéré autour de notre code du travail ? Dans cette réforme du statut des cheminots qui n’enrayera jamais la dégringolade de la SNCF ? Allons… La rupture fut bien plus marquante en 1958 lors de l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle, qui transforma nos institutions, rééquilibra le budget et mit un terme à la guerre d’Algérie.

Emmanuel Macron donne l’illusion du mouvement, mais il n’entreprend rien de profond. Il se limite à quelques coups de pinceau impressionnistes. Du maquillage. Par exemple, il lance une réforme du marché du travail par ordonnances mais il ne modifie pas l’Unédic sur le fond. Il s’attaque à la formation professionnelle et ses 36 milliards gaspillés mais il omet de réformer sa gestion fumeuse par les syndicats ! Il relance l’activité économique en baissant la fiscalité sur le capital mais il maintient l’impôt sur la fortune immobilière. Il veut libérer l’emploi avec sa loi Pacte mais, tiraillé par Hulot et sa gauche, il s’apprête à imposer de nouvelles contraintes aux entreprises sur les questions environnementales. Il clame haut et fort qu’il va rééquilibrer les finances publiques mais il ne touche pas au lourd déficit structurel de la France. Macron reste au milieu du gué. Il tourne autour du vrai chantier sans jamais s’en emparer : la réduction du déficit budgétaire par la baisse des dépenses publiques.

Les Français, anesthésiés par les médias, n’ont toujours pas réalisé : la France, championne du monde des prélèvements obligatoires sous Hollande, a vu ses impôts augmenter sous la première année Macron !

La vérité, c’est que Macron n’ose pas. Comme ses prédécesseurs, il a peur d’une réaction épidermique. Son projet de réduction du budget de la défense s’est soldé par la démission du général de Villiers. La baisse de 5 euros des APL a provoqué un tollé. Les grèves à la SNCF et à Air France ont ralenti l’économie pendant des mois. Macron s’y prend mal. Sa réforme de la SNCF va finalement coûter 35 milliards d’euros aux contribuables (Bercy s’est engagé à reprendre une grosse partie de la dette de la SNCF) pour des économies aussi hypothétiques que lointaines. Ajoutons à cela les augmentations que ne manqueront pas de faire les collectivités locales, les hausses de la CSG ou des taxes sur le carburant : nous avons désormais la garantie que le prélèvement à la source en 2019 ne se fera pas avec le dos de la cuillère.

Quels sont les leviers de Macron ? Les pensions de retraite. Elles représentent environ 14 % du PIB, soit le taux le plus important de l’OCDE. Mais le président a déjà sollicité les retraités en augmentant leur CSG. Autre piste : Macron avait évoqué dans son programme la suppression de 120 000 postes de fonctionnaire. Hélas, on pourrait croire à un gag : dans le budget 2018, il en supprime à peine 1 800… Certains s’interrogent : réformera-t-il notre pléthorique Éducation nationale, qui compte tellement moins d’élèves par enseignant que ses homologues allemande et britannique (avec des résultats plus mauvais)… Mais non. Impensable.

Bilan, les perspectives s’assombrissent. La croissance a lourdement chuté au premier trimestre 2018 à 0,2 %. L’Insee fait grise mine. Lisez plutôt : « La production totale décélère, la consommation des ménages reste atone, […] la contribution du commerce extérieur au produit intérieur brut est nulle. » Les clignotants orange viennent de passer au rouge dans l’indifférence totale. Et notre fringant président qui se passionnait tant pour la chose économique préfère parler d’Europe ou de migrants.

Des sujets importants, certes, mais pendant ce temps, la France renoue avec la médiocrité économique.