« La France ? »

Nous étions dans un taxi quittant l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Nous avions innocemment demandé à notre chauffeur comment allaient les choses dans le pays.

Il avait des choses à dire…

Personne n’est content
« La France est dans un sale état. On a cinq millions de chômeurs. Et comme les lois sont strictes pour l’emploi, personne ne veut embaucher qui que ce soit.

« Les autorités ont remarqué par exemple que les employeurs utilisent des CDD pour éviter d’embaucher de manière permanente. Le gouvernement va donc taxer les CDD. Comme si rendre l’embauche plus chère allait augmenter l’emploi !

  Il n’y a rien à faire. Il va falloir attendre jusqu’à ce que tout s’effondre. D’ici là, personne n’est content… mais personne ne veut vraiment changer. »

« Oui, c’est ça le plus étrange », a ajouté Elizabeth plus tard. « Je lisais une analyse sur la France au 19ème siècle. Les gens de l’époque rêvaient d’avoir un pays comme la France actuelle.

« Ils manquaient de tout : nourriture, vêtements, logement… Ils n’imaginaient pas qu’on puisse être malheureux en ayant toutes ces choses.

« Dans la France actuelle, la grande majorité a tout ça. Si vous êtes au chômage, vous touchez des allocations… et les solutions de logement existent. Si vous avez un emploi, il est presque impossible d’être licencié. Pourtant, personne n’est content.

« Pourquoi donc ? »

Helmut Schoeck a écrit un livre fascinent en 1966, intitulé L’Envie.

Il expliquait pourquoi le bonheur n’est jamais seulement une question de désirs ou de besoins matériels. En tant qu’humains, nous sommes programmés pour comparer ce que nous avons à ce qu’ont les autres… et pour chercher des moyens de faire mieux que notre voisin.

Si nous gagnons plus que la personne d’à côté, nous sommes tentés de faire en sorte qu’il se sente mal en l’étalant à ses yeux. S’il gagne plus que nous, nous voudrons lui enlever quelque chose… pour le remettre à sa place.

Telle est la base émotionnelle, selon Schoeck, qui sous-tend la politique socialiste — l’envie présentée comme justice sociale.

Il y a plus…

Des années merveilleuses
Le problème, lorsqu’on prend quelque chose à son voisin, c’est qu’il essaie alors de vous prendre quelque chose à vous.

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, on passe tant de temps, tous les deux, à tenter de suivre des règles et réglementations pénalisant un groupe pour en récompenser un autre que plus personne ne produit de richesse.

Un groupe obtient une subvention pour ses produits. Un autre un contrat du gouvernement. Un autre encore a une couverture médicale payée par « le gouvernement ». Un autre a des exemptions d’impôts.

Et puis ils se mettent sur la pointe des pieds et observent ce qui se passe de l’autre côté de la clôture… où les gens étaient occupés à produire de la richesse plutôt que de se l’enlever mutuellement… et ils sont encore plus envieux.

C’est en gros ce qui est arrivé à l’Union soviétique : après 70 ans de politique nourrie à l’envie, les gens ont regardé par-dessus le Mur de Berlin et ont vu des BMW et des Mercedes.

Pendant des décennies, la vérité a été dissimulée derrière des statistiques économiques et des slogans de propagande. Et pendant des décennies, la réaction, en Occident, a été embrouillée et idiote. De nombreux économistes pensaient que la planification centrale fonctionnait (c’est encore le cas pour certains !).

Par ailleurs, nombre d’économistes et de politiciens voulaient débarrasser le monde du communisme — apparemment inconscients du fait que c’était précisément le credo communiste qui avait mis leur plus grand concurrent sur la paille.

Seuls quelques-uns ont été assez malins pour se détendre et profiter de ces merveilleuses années — quand les Etats-Unis et l’Europe étaient les meilleurs au monde… avec peu de concurrence à l’étranger… et pas encore ruinés de l’intérieur par les zombies et les compères.

L’effet BMW
Mais en 1989, la partie était finie.

Tout le monde savait qu’une BMW construite en Allemagne de l’Ouest était bien meilleure qu’une Trabant construite à l’Est.

La « Trabbi » avait un moteur inefficace. Les propriétaires devaient mélanger carburant et huile pour alimenter la voiture, de sorte qu’un long panache de fumée — neuf fois les émissions moyennes d’une voiture occidentale — les suivait.

La voiture avait une vitesse maximale de 100 km/heure (une vitesse que le conducteur mettait 21 secondes à atteindre). Dans la mesure où elle n’avait pas de pompe à injection, le carburant devait être transporté au-dessus du moteur, de manière à pouvoir s’écouler dans les cylindres. Les accidents de Trabant étaient spectaculaires… et enflammés.

A la fin des années 80, les riches apparatchiks de Moscou et Pékin voulaient tous des BMW et des Mercedes ; le Mur devait tomber.

A présent, les Chinois fabriquent des voitures. Les Russes vendent du pétrole.

Les Français ne sont pas heureux. Et si l’on en juge par les dernières élections, les Ecossais non plus. Ni les Autrichiens. Ou les Allemands. Ou les Américains.

Ces derniers veulent ressusciter le rêve américain en construisant un mur pour empêcher les Mexicains d’entrer (alors qu’ils quittent déjà le pays plus rapidement qu’ils n’y viennent).

Ni les Européens, ni les Américains ne sont sous-nourris. Ils sont très peu à passer la nuit dehors. Quasiment aucun ne se promène nu par manque de vêtements.

Pourquoi ne sont-ils pas heureux ?

Parce que, aussi aisés soient-ils, d’autres le sont encore plus.

Les riches ! Les 1% ! Ceux qui ont plus d’argent, plus de relations sexuelles, plus de cheveux !

La vie n’est tout simplement pas juste, en concluons-nous. C’est ainsi.

Depuis l’expulsion du Paradis, ça a d’abord été la lutte pour la survie ; à présent, c’est la lutte pour la frime.

Il y a toujours quelqu’un qui a une plus belle voiture que la vôtre…

… Et si c’est vous qui avez la plus belle voiture… il y a toujours quelqu’un qui veut vous la prendre.

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