Guy Millière. Quiconque veut comprendre ce qui sous-tend le vote qui doit avoir lieu mardi prochain à l’Assemblée Nationale, et le vote qui suivra au Sénat, concernant la reconnaissance d’un « Etat palestinien » par la France doit garder à l’esprit l’opportunisme cynique et sans scrupule d’une large fraction de la gauche française : celle-ci est en plein naufrage. Elle entend préserver l’électorat qui peut lui rester. Lorsqu’elle fait ses calculs, elle voit le nombre de Français de confession musulmane, et le compare au nombre de Français juifs. Il est infiniment plus payant pour elle de tenter de flatter l’électorat musulman que de s’essayer au même exercice vis-à-vis de ce qui peut lui rester de l’électorat juif.

En supplément, comme on l’a vu, entre autres, l’été dernier, nombre de Musulmans, s’alliant pour cela à des gauchistes, sont susceptibles de passer à l’action et de fomenter des émeutes à même de faire ressembler Paris ou Sarcelles à Beyrouth au temps de la guerre civile, voire d’attaquer des synagogues. Les Français juifs, eux, ne sont pas violents et expriment leur mécontentement de manière paisible, même lorsqu’ils sont victimes d’actes antisémites ou « antisionistes ». Il vaut mieux, quand on n’a aucun scrupule, apaiser ceux qui sont susceptibles de devenir violents, et faire ensuite semblant de déplorer les actes antisémites et « antisionistes ».

Il reste peu de causes totalitaires susceptibles de mobiliser la gauche

Enfin, il reste peu de causes totalitaires susceptibles de mobiliser la gauche. Il n’en reste même, véritablement qu’une seule : la « cause palestinienne ». Et c’est effectivement une cause qui mobilise : tous ceux dont les grands parents se sont extasiés devant le portrait de Joseph Staline ou dont les parents se sont pâmés devant celui de Mao avant d’exulter lors de la « libération » du Cambodge par Pol Pot ont, grâce à la « cause palestinienne », pu disposer de criminels contre l’humanité qu’ils sont à même d’admirer encore. Yasser Arafat est mort, mais il reste Mahmoud Abbas, Marwan Barghouti, tueur de Juifs présenté comme « prisonnier politique » sur des affiches innombrables, et quelques autres sinistres personnages du même acabit. Non seulement la « cause palestinienne » est une cause qui mobilise, mais elle permet aux innombrables totalitaires que compte la gauche de se rapprocher de l’islam radical (tant que des islamistes tuent des Juifs, et quasiment que des Juifs, ces gens peuvent les décrire comme des « résistants », et dire qu’un membre du Hamas qui tue un Juif est très différent d’un membre de l’Etat Islamique qui tue un Kurde). Elle permet même à des antisémites de la vieille extrême droite de rejoindre la cohorte de gauche et de se clamer « antisionistes ».

Le vote qui doit avoir lieu mardi prochain à l’Assemblée Nationale, et le vote qui suivra au Sénat, n’auront strictement aucun effet sur la guerre islamique menée contre Israël au Proche-Orient. Le seul effet des votes sera de diaboliser davantage Israël dans l’opinion française (pourquoi le « peuple palestinien » n’a-t-il pas son Etat si ce n’est parce qu’Israël, entend-on dire, n’a pas fait assez de concessions), d’ostraciser un peu plus les Juifs qui défendent Israël, de souffler un peu plus sur les braises qui enflamment l’antisémitisme musulman et l’ « antisionisme ».

Ces votes feront partie du grand courant qui prend forme dans une Europe de plus en plus islamisée au sein de laquelle les dirigeants politiques qui osent résister à l’islamiquement correct se font de plus en plus rares et ceux qui osent défendre Israël sans recourir à un langage hypocrite sont plus rares encore.

Ils seront des indicateurs d’une tendance lourde : une large part de la gauche en Europe compte désormais sur les électeurs musulmans, apaise (voire flatte) les émeutiers potentiels, et se tourne vers la dernière grande cause totalitaire. Une part importante de la droite en Europe répond à cette tendance en ne s’opposant à elle que de façon molle et souvent édulcorée, car elle-même a besoin d’électeurs et a peur des émeutiers potentiels.

Dans les prises de parole du vendredi 28 novembre à l’Assemblée Nationale, peu de propos ont été dignes. Seuls Claude Goasguen et Meyer Habib ont parlé comme des hommes imprégnés de droiture et de vérité (on peut leur ajouter, pour une intervention plus brève, Christian Estrosi, et, aussi, c’est un fait, Gilbert Collard). C’est terriblement peu.

Les propos des orateurs socialistes m’ont semblé particulièrement immondes. Ces gens là savent ce qu’ils font. Ils mentent de manière indigne et lâche. Ils n’ignorent pas que l’islam radical met le Proche-Orient à feu et à sang, que Mahmoud Abbas tient sans cesse des propos qui sont des incitations à la violence antisémite, et que le gouvernement « palestinien » fonctionne sur un mode liberticide et inclut le Hamas, mouvement terroriste aux buts génocidaires : ils voudraient néanmoins que voie le jour un Etat régi par Mahmoud Abbas et ce gouvernement « palestinien » ! Et ils osent parler de « paix » ! Ils n’ignorent pas que les populations arabes « palestiniennes » sont gorgées d’une propagande haineuse par des dirigeants infâmes (et avec des financements européens) : et ils veulent faire croire que ces populations pourraient vivre en paix à côté d’Israël, dans un Etat confié à ces dirigeants ! Et ils se permettent de dire qu’ils pensent à la sécurité d’Israël !

Les propos des orateurs de gauche, étaient, hélas, en symbiose avec les propos tenus par les grands médias français. Rares sont les journalistes qui semblent voir encore la différence entre démocratie et totalitarisme et entre un assassin et une victime d’assassinat lorsque la victime est juive et vit en Israël. Très rares sont les journalistes qui semblent discerner ce qu’est l’islam radical. Infiniment rares sont les journalistes qui n’ont pas jeté à la poubelle les livres d’histoire du Proche-Orient pour leur substituer les brochures falsificatrices du Fatah et du Hamas.

S’il ne tenait qu’à la gauche européenne, Israël serait rapidement rayé de la carte, et infiniment rares seraient les journalistes en Europe qui verseraient une larme.

J’ai écrit il y a quelques années un petit livre qui évoquait le fait que des Européens étaient prêts à entériner une seconde shoah : ce petit livre est toujours d’actualité, hélas. J’y disais que fort heureusement, Israël existe et a les moyens de se défendre. Ce que j’y disais reste aussi d’actualité : fort heureusement, Israël existe et a les moyens de se défendre.

La diabolisation d’Israël et du peuple juif qui montent dans l’atmosphère, le soutien apporté à l’une des branches du totalitarisme islamique qui sous tend cette diabolisation et qui lui aussi monte dans l’atmosphère n’en sont pas moins répugnants. Il est des gens qui n’ont décidément aucune éthique et qui sont prêts à se conduire en complices de criminels tueurs de Juifs.

G.MILLIERE