Après avoir été à la tête du Conseil d’Etat, ce catholique fervent a pris la présidence de la fondation qui vient en aide aux jeunes à la dérive.

la lutte contre la pauvreté n’est pas qu’une question de moyens

C’est l’archétype du grand commis de l’Etat. Il a été le plus haut fonctionnaire de France, à la tête du Conseil d’Etat pendant une décennie, l’un des plus puissants, en tant que secrétaire général du gouvernement de 1995 à 2006, et il connaît tous les petits secrets de la Ve République, ayant travaillé aux côtés de Robert Badinter, Pierre Joxe ou Charles Pasqua. A 69 ans, au terme d’une carrière exceptionnelle, Jean-Marc Sauvé change de vie. Le 30 mai, deux jours après la fin de son mandat au Conseil d’Etat, il a été nommé président de la Fondation des Apprentis d’Auteuil, l’association spécialisée dans la prise en charge des jeunes décrocheurs. « Ce choix est dans la cohérence de ce que je suis, de ce que j’ai fait et de ce à quoi je crois », résume ce grand échalas à l’allure gaullienne.

Réaffirmer ses convictions

Un retour aux origines. Avant d’être serviteur de l’Etat, Sauvé est d’abord profondément croyant. Issu d’une famille de catholiques fervents, il réussit le concours de l’ENA, mais interrompt vite sa scolarité pour devenir jésuite. Deux ans, plus tard, il craque, quitte le noviciat des jésuites de Lyon et reprend sa carrière administrative, en passant une seconde fois l’ENA. Du jamais vu. « Je voulais aller au bout de mes convictions. Mais c’était une approche trop cérébrale », nous confie-t-il.

Presque cinquante ans plus tard, en prenant la tête des Apprentis d’Auteuil, une fondation catholique, il se réconcilie avec ses convictions religieuses. « Ce que je n’ai pas fait dans une activité laïque, je le fais maintenant. » Un choix qui le conduit à des sacrifices financiers : à l’inverse de nombreux politiques ou hauts fonctionnaires, il a refusé les offres des grands cabinets d’avocats, qui lorgnaient son expérience de juriste et son épais carnet d’adresses. Et son nouveau job associatif, qui l’occupe un à deux jours par semaine, est bénévole. « A mon âge, dans le temps utile qui me reste, il faut aller à l’essentiel. » L’essentiel, c’est de s’occuper des milliers de jeunes à la dérive. La France affiche des chiffres désespérants : 1,9 million de décrocheurs, dont 900 000 sans diplôme, selon le Conseil d’analyse économique. « Une société se juge à la place qu’elle accorde à ses jeunes, lance-t-il. Il faut se mobiliser et mettre en place des actions innovantes pour tous ceux qui cumulent les handicaps. » La raison d’être des Apprentis d’Auteuil, qui suit 27 000 jeunes dans 230 établissements.

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