Était-il l’auteur d’une politique libérale ou plutôt keynésienne ? Les deux ! 

Jacques Chirac a manié pendant ses 40 ans de carrière politique plusieurs pans de la politique économique. S’adaptant à l’air du temps, s’adaptant aux opportunités politiques ou aux contraintes sociales.

Plusieurs questions vont animer notre pensée. 

Quelles étaient les convictions de Jacques Chirac quand il s’est engagé en politique ? Sur les bancs de Sciences Po Paris, l’élève Chirac rencontrera Michel Rocard et Robert Pandraud

Devant l’Eglise St Sulpice, le jeune Jacques, âgé d’à peine 20 ans, vendra des exemplaires de l’Humanité. Ca durera quelques semaines, parce qu’une rencontre changera sa vie et ça contribuera à la légende de l’homme aux valeurs sociales. On retrouvera l’expression de ces valeurs sociales plus tard. Dès 1967 quand il est Secrétaire d’Etat à l’emploi et qu’il créée l’ANPE – Agence Nationale pour l’Emploi – pour aider à reclasser les travailleurs ayant perdu leur emploi.  Il dira, en mai 68, se sentir proche de la rébellion des étudiants français et sera un maillon de la négociation des Accords de Grenelle (augmentation de 35% du salaire minimum interprofessionnel garanti, hausse de 10% des salaires, création de nouveaux droits syndicaux).

Pourquoi s’est-il engagé à la droite de l’échiquier politique ?

Il y a évidemment un brin d’opportunisme. Une volonté de s’engager en politique, et ses connaissances l’ont mené au Secrétariat général du gouvernement, grâce à un certain Marcel Dassault. C’est à ce moment-là que se produit véritablement la rencontre avec un certain Georges Pompidou alors qu’il travaille. Celui-ci l’orientera vers une politique d’héritage gaulliste.

« Plus encore qu’un père spirituel, Georges Pompidou a représenté pour moi un modèle » dira-t-il. Or, Pompidou, c’était sur le plan économique, l’investissement dans la modernité ou la liberté des entreprises. Cet homme, il va l’admirer. Cet homme, Pompidou, va surtout le faire passer aux postes-clés du gouvernement pour le former : Agriculture, Intérieur,…

A-t-il mené pour autant une politique de droite ?

En 1974, Jacques Chirac scelle une alliance avec Valery Giscard d’Estaing qui le mène au poste de Premier ministre. Sauf qu’il n’y décidera pas grand-chose et qu’il démissionnera avec fracas. Ce qu’il reprochera au président de la République ? De ne pas lui laisser les coudées franches, d’une part mais surtout une austérité budgétaire trop poussée, alors que lui prône à ce moment une relance plus massive de l’investissement. Difficile de savoir quelle aurait été sa vision économique, mais à ce moment, le futur présidentiable se positionne plutôt du côté de Keynes que de Friedmann.

Pourtant, lors de son retour au pouvoir se fait véritablement dans les années 80, ce n’est pas une politique keynésienne qu’il mettra en place. Le néolibéralisme s’est répandu aux Etats-Unis, avec Ronald Reagan et au Royaume-Uni, avec Margaret Thatcher. Cela va inspirer Jacques Chirac qui adopte une posture plutôt conservatrice sur le plan économique, qui consiste à surveiller de près les dépenses publiques et de laisser les entreprises vivre leurs vies. Il mène ainsi la privatisation de 65 entreprises tambour battant : Paribas TF1, Suez,

Havas, Société Générale… On peut alors penser qu’il n’est pas un grand fan de l’interventionnisme étatique, en tout cas sur les entreprises.

Il supprime l’impôt sur les Grandes Fortunes et l’autorisation administrative de licenciement. 

Ces deux années de libéralisme économique auront des résultats, la France signe alors sa meilleure année de croissance depuis les années 70. En 1988, le PIB croit de 4,5%, ça n’est jamais arrivé depuis. Cette période où le gouvernement redonne de l’air aux entreprises sera en tout cas utile dans l’ouverture au monde qui s’annonce : en 1989 avec la chute du Mur de Berlin et en 1991 avec l’éclatement de l’URSS.


Pourquoi le libéral de 86 est-il si différent du président élu en 1995 ?

La ligne libérale, pour la campgne de 85, était déjà occupé par l’ancien allié Edouard Balladur. Jacques Chirac va alors jouer un des répertoires qu’il affectionne, celui d’un homme proche du peuple, des ouvriers comme des agriculteurs. Son slogan : la lutte contre la fracture sociale, thème plutôt de gauche.Mais une fois élu, oubliée la fracture sociale de la campagne, oubliée aussi la tendance libérale des années 80 vers moins d’impôts et de régulation, le gouvernement Juppé hausse la TVA. 2 points de plus. Et met les Français dans la rue en réformant l’assurance chômage et la retraite. 

A cause d’un mauvais calcul politique, Jacques Chirac perd sa majorité. Mais c’est surtout pendant les premières années de l’euro que l’on va revoir un Chirac keynésien. Celui qui organise une fronde contre Bruxelles, avec pour allié l’Allemagne de Gerhard Schröder, elle-aussi embêtée par la Commission européenne pour cause de déficit excessif. L’orthodoxie budgétaire de Bruxelles ennuie profondément le président. La France et l’Allemagne se croient dans la même position, mais à ce même moment, l’Allemagne entreprend les réformes Hartz, réformes du marché du travail. Et c’est le début du décrochage de la France par rapport à l’Allemagne.

En 2006 encore, dernière tentative néolibérale, celle du Contrat Première Embauche pour flexibiliser le marché du travail et notamment celui des jeunes, qui se soldera par un échec.

Un bilan économique qui ne fait pas le poids face au géant politique qu’il était, mais personne ne semble tenir rigueur à l’ancien président. On pardonne tout aux morts et encore plus à Jacques Chirac.