Je trouve ce mouvement extrêmement sain en ce qu’il revendique le droit à vivre de son travail

Entretien avec Olivier Dassault : « Ne plus être une victime fiscale et exister aussi aux côtés des minorités agissantes : les Gilets jaunes sont un mouvement fondamentalement politique »

Fils de Serge Dassault et petit-fils de Marcel Dassault, fondateur de l’empire du même nom, Olivier Dassault est un homme politique français, député de l’Oise pour les Républicains. Le 14 mars 2018, Olivier Dassault avait annoncé via l’AFP sa décision de démissionner de la présidence du conseil de surveillance qu’il occupait depuis 2011, « pour cause d’incompatibilité avec son mandat de député « .

Le Cercle des Libéraux : Est-ce qu’on peut encore réconcilier les Français avec leurs élites (politiques, économiques mais aussi culturelles) ? Comment? 

Olivier Dassault : Les « élites », que j’appellerai plutôt « ceux qui ont la parole », peuvent encore se réconcilier avec les Français. Cela ne tient qu’à eux, mais pour cela il faudra s’astreindre à tout d’abord écouter au lieu de parler. C’est un peu l’idée du « grand débat » lancé par le Président de la République où il rencontre les Français. Espérons également qu’il les écoute.

Même écouter ne sera pas suffisant. Il faudra des résultats, car depuis trop longtemps, ceux qui parlent n’agissent pas et ceux qui agissent ne parlent pas. Les alternances politiques ne sont que des jeux de dupes au service de la même politique : fiscalement mortifère, économiquement contreproductive et socialement irresponsable. La rupture – le slogan politique que l’on a tant attendu – n’existe que dans les mots alors que les Français l’attendent dans les actes : moins d’impôts, plus de liberté et moins de communautarismes.

« Ce qui lutte aujourd’hui est le commencement de la réconciliation de demain » disait Jaurès.  J’attends donc demain avec impatience.

Le Cercle des Libéraux :  Comment interprétez-vous le mouvement des Gilets jaunes en tant qu’acteur politique/ acteur économique ?

Olivier Dassault : Je trouve ce mouvement extrêmement sain en ce qu’il revendique le droit à vivre de son travail, à ne plus être une victime fiscale et à exister aussi aux côtés des minorités agissantes et beaucoup trop visibles médiatiquement par rapport à leur poids politique réel.

C’est un mouvement fondamentalement politique, comme la France n’en avait pas vu depuis longtemps, qui porte une aspiration à changer la vie, quotidienne notamment, pour des millions de nos concitoyens. Le nihilisme des casseurs et des pilleurs des centres villes, je ne l’ai pas vu sur les ronds-points de l’Oise ou d’ailleurs, même s’il y a de la colère.

L’Histoire de France n’a jamais été un long fleuve tranquille et le mouvement des Gilets jaunes vient nous rappeler, encore une fois, que non, l’Histoire n’est décidemment pas finie.

Le Cercle des Libéraux :  Quelles seraient les propositions les plus importantes à discuter et à voir adopter dans le cadre du Grand débat ?

Olivier Dassault : J’avoue privilégier les mesures concrètes qui permettront de donner rapidement aux gens le sentiment que le travail paie. Ainsi, je pousserai pour un moratoire sur les hausses de la fiscalité. Et ensuite une remise à plat totale de la fiscalité pour rebâtir un système juste, équitable et favorable à l’activité économique.

Une réforme profonde de l’administration française me parait également essentielle tant aujourd’hui sa complexité tue nombre de réformes dans l’œuf. Le Président de la République s’agace régulièrement de la lenteur de mise en application de ses décisions et il n’est pas le premier.

Nous avons besoin d’une administration, réactive, souple, efficace et avant tout au service des Français et non au sien.

Le Cercle des Libéraux :  Les Français sont-ils trop gâtés (par un système social favorable) ? Trop régulés (ex de la limitation de vitesse) ? Trop taxés (carburant, CSG…) ?

Olivier Dassault : Par manque de courage répété pendant ces quarante dernières années, nous connaissons le pire de tous les systèmes. Notre système de protection sociale est devenu une « prison » sociale dans un marché du travail pétrifié. S’il faut protéger au mieux des accidents de la vie, il faut aussi former en continu pour permettre au maximum de trouver et retrouver des emplois. Nos amortisseurs sociaux en cas de crise sont nos boulets et nos chaînes lorsque la reprise est là ; il faut réinventer un modèle où lorsque l’on descend trop bas, il existerait toujours des manières de rebondir plus haut.

Nos administrations dont la créativité pourrait être mieux utilisée ne cessent d’inventer, avec l’aide de machine réglementaire bruxelloise, de nouvelles manières de bloquer le développement économique français. Cette opposition entre Etat et entreprises doit cesser. La liberté de réussir, mais aussi d’échouer, doit devenir la norme en matière de politique économique et l’Etat devrait faire sien cette maxime : « ne rien faire, c’est déjà faire quelque chose ».

Le Cercle des Libéraux : Par rapport au siècle dernier, siècle où est né et a grandi l’empire Dassault, est-ce qu’il est plus facile de créer/gérer une entreprise ? Qu’est-ce qui a changé ?  

Olivier Dassault : S’il est devenu facile de créer matériellement une entreprise, si des nouveaux marchés émergent sans cesse, il n’est pas devenu plus facile de réussir.  Il est fréquent de lire à propos des succès mais beaucoup plus rarement à propos des échecs, ce qui peut donner une fausse impression de facilité.

Réussir maintenant comme hier reste toujours une combinaison d’éléments complexes, comme par exemple une bonne idée, un bon moment, un peu de chance et surtout  énormément de travail.

C’est un cliché de le dire en 2019 mais la révolution du XXIèmee siècle est la globalisation de l’économie qui s’accentue avec la transition numérique que nous voyons se dérouler actuellement. Aujourd’hui, il n’est plus envisageable de se penser comme uniquement français, allemand ou même américain ou chinois, il faut penser global et considérer le monde comme le véritable terrain de jeu de son entreprise.

Le groupe Dassault a pu grandir et perdurer grâce au génie de son fondateur, mon grand-père, qui a toujours su s’entourer et de son successeur, mon père qui a su le faire évoluer. Tous les deux étaient des visionnaires et capables d’anticiper les besoins de demain, voilà la clé de la durée dans le temps. C’était vrai au XXème siècle, c’est aussi vrai dans celui-ci.