Isabelle Saporta est journaliste et auteur de documentaires (Foutez-nous la paix !, Vino Business, Le livre noir de l’agriculture…).

Pourquoi avez-vous écrit ce livre?

J’ai écrit ce livre parce que j’aime le vin.  D’ailleurs, il faut l’aimer pour passer deux ans dans les vignes à enquêter ! Mais un jour en regardant une étiquette, je me suis dit, on ne sait presque rien sur le vin. Sur une boîte de cassoulet, vous avez la liste des ingrédients, sur ce nectar divin, rien. On ne sait pas si des produits œnologiques ont été utilisés ou pas. On ne sait pas s’il y a des résidus de pesticide ou non puisque le vin est le seul à ne pas afficher la couleur et à ne pas dire les résidus qu’il contient ! Dommage, quand on sait que la viticulture c’est 3% de la surface agricole utile et… 20% de l’utilisation de produits phytosanitaires !

Depuis une dixaine d annee , on voit des nombreux investisseurs etrangers acheter des parcelles francaises, comment voyez vous le marche du vin?

Aujourd’hui les plus beaux terroirs de France ont été pris d’assaut par les investisseurs, par les grands groupes, bref, par tous ceux qui nous ont entraînés dans une dérive spéculative sur les marchés boursiers, et qui sont en train de faire de même sur les plus beaux terroirs de France. Les prix de ces magnifiques vignobles se sont envolés, de telle façon d’ailleurs qu’aujourd’hui, à part des businessmen Chinois, plus personne ne peut plus les  acheter. Cela veut dire que si on n’y prend pas garde, demain, il n’y aura plus un seul petit vigneron à l’ancienne sur ces grands terroirs de France.

Vino Business

 Nous avons l’une, si ce n’est la plus belle viticulture au monde, avec des vignerons fabuleux qui travaillent sans relâche. Mais il faut la défendre cette viticulture, et se battre pour que sur ces grands terroirs, les petits vignerons puissent continuer à faire de grands vins que nous consommateurs pouvons nous acheter. Et faire en sorte que le gendarme des vignes qu’est l’INAO (l’Institut National de l’Origine et de la Qualité) fasse enfin son job en préservant ces vignerons plutôt que de faire le jeu des grands investisseurs qui réalisent des vins qui sont devenus des objets marketing vendus à des prix hallucinants.