Écrivain et responsable d’associations culturelles, fondateur de la Coordination des associations et particuliers pour la liberté de conscience, Thierry Bécourt revient vers nous deux après sur les définitions du mot secte et la liberté de conscience en France. Le constat est amère et l’homme furieux, car rien n’a changé.

En 2013, vous participiez à une commission sénatoriale au sujet des dérives sectaires dans le monde médical et vous ne saviez pas définir juridiquement ce qu’était une secte. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Toujours la même chose. On tombe toujours sur la même démarche qui était donnée dans le rapport parlementaire de décembre 1995 où l’on pouvait lire la phrase suivante : « nous ne sommes pas arrivés à nous mettre d’accord sur la définition du mot secte. Donc nous nous en tiendrons à la définition de l’opinion publique ». Pour moi et les collègues, le fait qu’il n’y ait pas de définition du mot ouvre sur l’arbitraire le plus total payé par un organisme public financé par le cabinet du Premier ministre. C’est donc un non sens pour un Etat dit des Droits de l’Homme. La définition juridique n’a toujours pas eu lieu. Il y a en revanche deux définitions littéraires qui ne portent aucunement à conséquence. Mais à partir du moment où l’on stigmatise un mot sans donner de définition juridique, on peut y mettre n’importe qui et particulièrement nos adversaires.

Comme on n’a pas à le définir, on met des gens qui vont s’alimenter bio, qui font du yoga, qui refuse la vaccination, qui remettent en cause le système médical, qui ont une pensée philosophique ou religieuse différente de la norme. Et en fait le mot norme par rapport à celui de secte est très intéressant. Quand on fait une petite analyse à la fois socio-psychologique du fonctionnement de ce mot là et que l’on entend aujourd’hui le président de la République qui se définit comme un président normal, nous sommes en droit de se poser la question de ce qu’est la norme et qui la définit.

La chasse aux sectes en France cache le concept de la norme et qui va imposer cette norme, et en l’occurrence, qui va imposer une norme dans le domaine de la liberté de pensée ? Les associations qui définissent cette fameuse norme sont payées à plus de 90% des financements publics, alors que l’on s’attend plutôt à ce qu’elles soient financées à 10% de fonds publics et à 90% en fond privé. Il n’y d’ailleurs pas de problème de secte en France et il n’y en a d’ailleurs jamais eu. Il y a eu des cas isolés mais jamais de problème de secte. Ça a d’ailleurs été rappelé en 2008 par Emmanuelle Mignon, directrice du cabinet du chef de l’Etat, qui déclarait « la lutte contre les sectes a longtemps permis de dissimuler les vrais sujets. En France, les sectes sont un non-problème ».

Alors pourquoi tant d’acharnement ?

C’est tout simple. Nous vivons dans un monde où Dieu a été remplacé par le mot Argent ou Pognon. C’est toujours une histoire d’argent. En fait, comment à démarrer la chasse aux sectes il y a une trentaine d’années ? D’un point de vue sociologique, il y a eu deux choses. Tout d’abord, les crises des années 70-80 vont voir l’arrivée des mouvements orientaux, ce qui crée un engouement des chercheurs vers les religions orientales, notamment avec les beatniks. L’Eglise a donc voulu trouver un moyen de garder ses ouailles en stigmatisant ces mouvements. Le premier à avoir été stigmatisé a été la « secte » Moon. De là se sont multipliées des boîtes à rumeur que l’on appelle des associations antisectes et on a fait une chasse de tout ce qui était non-conforme en France. Se sont rajoutés à ça une crise et un engouement sur les créatifs culturels.

À peu près au tiers de la population que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou en France se tourne alors vers le bio, les mouvements et pensées alternatifs et se positionne en dehors du monde l’avoir. Cette population gêne la religion en place mais aussi l’économie en place, car les gens remettent en cause par exemple le système médical classique. On rejette la médecine officielle et les vaccins non pas par le biais de la croyance mais sur des faits médicaux précis. Et dans les années 80, l’ordre des médecins, les laboratoires pharmaceutiques se sont rendus compte que tout ceux qui était dans des mouvements de reprises en main spirituelles devenaient autonomes par rapport au monde du soin, chercher à se soigner avec des médecines alternatives et délaisser en grand nombre les médecines académiques européennes et françaises en particulier.

Qu’ont alors fait les laboratoires pharmaceutiques, et là nous avons des preuves ?

Ils ont financé à grand renfort médiatique et financier des colloques sous-entendus antireligieux, alors que leur vrai combat était contre la médecine alternative.

L’association Apsamed propose la légalisation des médecines douces en France. Mais selon certaines personnes, cette association serait plutôt composée de charlatans. Comment savoir qu’elle est correcte ? Existe-t-il des autorités nationales ou locales compétentes pour faire des recherches sur le bien-fondé de ce genre d’association ?

Didier Pachoud, président du groupe d’études des mouvements de pensée en vue de la protection de l’individu (Gemppi) de Marseille est un inquisiteur en herbe. Il s’est retrouvé aux côtés de la présidente d’Apsamed, car il avait été invité à ses conférences. Il a ensuite manipulé les vidéos réalisées à son insu. Il a retiré les choses de son contexte et a fait dire n’importe quoi à la présidente d’Apsamed. La structure a été descendue. Aucune contre-réponse n’a été donnée. C’est une interprétation totalement subjective qui a tourné en boucle dans les médias et les gens n’ont eu qu’une version de l’interprétation. Depuis 30 ans, on fabrique des problèmes parce que c’est un excellent moyen de créer des boucs-émissaires.

Nous demandons depuis 20 ans maintenant la création d’un observatoire national en France non pas pour lutter contre les sectes ou les chasser de manière hypocrite par voie de missions interministérielles qui coute très cher aux contribuables ou qui cherche à monter les gens les uns contre les autres, mais une structure composée de personnalités de tout bord, c’est-à-dire des scientifiques, des sociologues, des médecins et des membres d’associations, payée par la Nation qui écoute et entend toutes les personnes de manière objective et permet d’avoir du bon sens et le sens du sacré. Pour travailler au Haut commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme à Genève, je sais qu’il est possible d’avoir des structures qui se réunissent et où chacun peut parler, s’écouter et s’entendre.

Donc Apsamed est une structure digne de confiance et vers laquelle on peut se tourner pour avoir des informations sur la médecine douce ?

Ce n’est pas à nous de défendre les idées et les comportements des différents groupes qui nous rejoignent et nous demandent de l’aide. Notre fonction n’est pas de dire « c’est bien, c’est pas bien ». Notre fonction est de défendre les articles 9 et 10 de la Charte européenne des Droits de l’Homme et l’article 19 de la Déclaration des Droits de l’Homme, et donc de défendre les principes de libertés de pensée.

A partir du moment où des associations se créent, on leur donne la possibilité légale d’exister. C’est au législateur de déterminer si cette association est bien, pas bien, dangereuse, pas dangereuse, etc. Nous nous situons sur le principe d’arrêter de stigmatiser des gens parce qu’un certain groupe de normalisateur, d’inquisiteur, de dictateur de la pensée pensent le contraire.

On reçoit en toute objectivité les gens qui sont là comme n’importe lequel des stigmatisés, on écoute des gens qui sont pour cette association, des gens qui sont contre. On n’a pas à confier ce genre de mission à des gens qui sont très mal dans leur peau, qui ont un niveau culturel qui est au ras des chaussettes pour déterminer qui va bien penser, qui ne va pas bien penser et trouver la normalité.

Aujourd’hui, l’organisme qui est censé faire ce travail est la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) mais cet organisme a pour fonction de faire la chasse à tout ce qui n’est pas normal.

C’est donc une association antisecte nationale. Et cet anti-sectarisme a d’ailleurs été condamnée de nombreuses fois par la Cour européenne ou encore le bureau des libertés de l’ONU, avec qui nous sommes en lien.

L’article de Libération titrait le 16 avril 2015 « Lutte contre les sectes : l’Etat à la dérive » et annonçait la mort de la Miviludes et des associations antisectes. Cela rejoint ce que disait Emmanuelle Mignon en 2008. La Miviludes ne peut pas continuer son travail car elle invente les problèmes. Comme le disait l’ancien président de la Miviludes, Jean-Michel Roulet, qui est malheureusement resté un an et que j’aimais bien parce qu’il était un vrai intellectuel et non un partisan, « le paysage sectaire a totalement éclaté et la Miviludes n’est plus adaptée à la situation. Il faut la remettre à plat ». Ce sont des chancres dans notre République et il faut les extirper.

Dans quel état pensez-vous que la liberté de conscience est en France ? Êtes-vous inquiet de ce qu’il se passe aujourd’hui ? Entre les lois sur le renseignement, les grands débats sur la liberté ou non d’expression, sur la laïcité, etc.

Je suis très inquiet et encore une fois l’idée d’un observatoire objectif serait une bonne chose, parce que ça permettrait de remettre à plat nos principes et de savoir ce qui est dangereux pour la population ou pas. Aujourd’hui, on parle de secte islamique. Dans l’imaginaire populaire, le mot secte islamique s’associe au mot secte en général. Comme on n’a pas de définition juridique, c’est le flou artistique savamment orchestré par ces petits inquisiteurs.

J’ai aussi peur de la restriction des libertés. En 2001, lors des attentats du World Trade Center, on avait retrouvé une carte d’identité intacte d’un des terroristes qui venait de se crasher avec un avion et ça n’a interpelé personne. Cette attaque a donné naissance au Patriot Act de Bush et de l’Arabie Saoudite, ce qui a permis d’intervenir en Irak. Aujourd’hui, début d’année, des hommes attaquent la rédaction de Charlie Hebdo. Chose extraordinaire : les forces de police retrouvent une carte d’identité dans la voiture des terroristes. Qui va gober ça ? Et on voit le président arrivait sur les lieux 15 minutes après les faits. Comme si on allait laisser le président de la République arriver sur les lieux d’un attentat alors que la zone n’est pas sécurisée. Quelques jours après, on réunit les gens dans la rue. On nous explique qu’il y a des problèmes d’attentat et on fait descendre des millions d’individus dans la rue ! On peut vraiment se poser des questions.

Et maintenant, on sort une loi qui va surveiller tous les citoyens grâce à notre cher Manuel Valls. Ce sont ces gens-là qui sont hyper dangereux, car ils sortent des lois liberticides. Quand on voit l’Express un mois après les attentats, qui vient d’être au passage racheter par des grandes fortunes comme Libération, publier la liste des mouvements dangereux sur Internet. Ces mouvements contestataires sont présentés comme des mouvements complotistes. On refait la même chose qu’en 1996 pour les sectes.

Que diriez-vous aux concitoyens pour rester alertes ?

La première chose serait d’éteindre la télé et de ne regarder que certaines émissions sur certaines chaînes comme Arte. Et d’arrêter de s’abreuver d’informations des grandes chaînes oligarchiques parce qu’ils disent la même chose, à la même heure et dans le même ordre. Or, il n’y a pas que ces informations dans le monde. Si vous regardez Euronews et ses No Comment, vous vous apercevrez qu’il se passe autre chose dans le monde. Aller aussi s’informer sur les sites que le gouvernement veut fermer avec soi-disant les lois qui veulent nous protéger. On chasse tous les gens comme nous, car on remet en cause tous les diktats de la société de consommation.

La deuxième chose est de boycotter. Savez-vous que l’appel au boycott est interdit en France ? Je ne peux pas appeler au boycott mais la meilleure des choses est de boycotter ce qui n’est pas juste. Par exemple, les biens de consommation qui sont confectionnés par des enfants qui sont payés 50 centimes par jour. Ne pas manger de poules en batterie, des animaux torturés. Cela touche tous les milieux. C’est une question de conscience publique. Les dirigeants créent du problème pour pouvoir défendre leurs intérêts. Ne vous servez pas de Charlie Hebdo pour aller faire des lois liberticides qui sont mêmes critiquées par le Times, la France étant considérée comme plus liberticide que les Etats-Unis avec son Patriot Act.

Comme j’ai une vision internationale grâce à mes activités au sein de l’ONU, je peux vous dire que la France est montrée du doigt comme n’étant certainement plus le pays des Droits de l’Homme. La France est décriée et tout le monde se demande quand nous aurons un gouvernement respectueux de la Charte des Droits de l’Homme. Je suis très triste pour mon pays, on devrait montrer l’exemple. Ceux qui sont à Daesh ont bénéficié des armes que l’on a données quand ils sont rentrés en Syrie. Ce sont des armes françaises, américaines et européennes. On a alimenté ces gens en faisant croire que c’était une révolution nationale alors qu’il n’en était rien. Quand je vois les clowns qui nous dirigent et qui sont responsables de milliers de morts, je suis furieux. Nous sommes à l’origine de toutes ces catastrophes humanitaires et il est temps d’arrêter de mettre le feu à la population pour nos intérêts. Au lieu de dire je suis un président normal, j’aimerais qu’il y est un président qui nous disent « je ne peux plus tolérer en tant que président de la Nation française qu’1,3 million d’enfants meurt en Inde chaque année, que plus de 3 millions d’enfants meurent de faim en Afrique. Nous avons le devoir de faire quelque chose ». Voilà ce que l’on attend d’un président et lequel osera dire que nous avons assez d’intérêts et qu’il est temps de rendre les pays viables, que l’on va arrêter de les exploiter et que l’on va réparer ce qu’on leur a fait pendant des siècles et des siècles. Ce n’est pas normal que la moitié de la population meure de faim alors que l’on sait de source sûre que la Terre peut supporter 11 milliards d’individus. On rend les gens immuno-déficients pour les rendre immuno-dépendants. On rend la population malade pour avoir un monde de morts.