Le Président du mouvement Nous Citoyens, Denis Payre, est en déplacement dans toute la France avec les têtes de liste des élections européennes pour présenter leur programme. Il prône la réconciliation de la solidarité et de la prospérité, la non- professionnalisation de la vie politique. Entretien avec un homme qui refuse toute étiquette idéologique.

Le Président du mouvement Nous Citoyens, Denis Payre, est en déplacement dans toute la France avec les têtes de liste des élections européennes pour présenter leur programme. Il prône la réconciliation de la solidarité et de la prospérité, la non- professionnalisation de la vie politique. Entretien avec un homme qui refuse toute étiquette idéologique.

Comment pensez- vous mobiliser l’opinion en 12 jours et éviter une trop grande abstention ?
On va essayer d’éviter l’abstention en tenant un discours complètement neuf, très dissonant. En fait, on réveille les citoyens et on est parfaitement crédible. Je sais que d’autres essaient de se positionner sur ce créneau très porteur, mais nous sommes les seuls crédibles car non professionnels de la politique et réellement nouveaux dans le paysage politique. Depuis octobre dernier, on dénonce une classe politique hyper professionnalisée, qui n’est plus dans une logique de mission et de service de l’intérêt général mais trop souvent dans une logique où ils cherchent plus à se servir plus qu’à servir, où ils cherchent à se faire réélire à tout prix et où ils évitent les vrais sujets, où ils s’enferment dans le déni. Et sur l’Europe en particulier, ils ne sont plus porteurs d’une vision européenne.
On considère que l’Europe est essentielle pour notre avenir. L’union fait la paix et l’union fait la force. Sur de nombreux sujets, il faut s’unir pour peser sur la mondialisation en matière de commerce international, en matière de protection des frontières, d’immigrations légale et illégale, etc. Malheureusement, aujourd’hui l’Europe est bloquée, et est au milieu du gué parce que les politiques français qui ont longtemps été les co-constructeurs avec l’Allemagne de l’Europe ne s’y intéressent plus. Les vieux partis politiques français font de Bruxelles leur bouc émissaire favori. Ils envoient au Parlement européen les recalés de la politique nationale à la recherche d’un énième mandat alimentaire. De plus, ils ont perdu toute crédibilité à Bruxelles à force de promesses et de réformes non tenues. Ils font au final le jeu du Front national. Ces messages sont de nature à faire sortir les gens de l’abstention, le vote extrême. Arrêtons de n’offrir que le FN comme 3e voie politique. Nous offrons une option positive et crédible de sortie par le haut.
Combien de candidats ou de listes présentez-vous aux élections européennes ?
Nous présentons sept listes sur les huit que compte la France. Nous sommes présents dans toutes les circonscriptions métropolitaines. Nos candidats (lien vers http://www.nouscitoyens.fr/europeennes-2014/nos-candidats-citoyens/) sont très citoyens. Ils incarnent tous la diversité de la société civile et comprennent parfaitement les questions d’emploi et d’entreprise, les questions sociales aussi. Tous nos candidats cherchent à faire réconcilier solidarité et prospérité. Ils ne sont pas des politiques de carrière. Tous ont des vrais métiers. Tous refusent que l’on continue de sous-traiter la politique. Tous ont une vraie expertise à la construction européenne, ils parlent souvent plusieurs langues étrangères. Nous présentons 50 propositions innovantes au sujet de l’Europe, pour faire fonctionner l’Europe, à sa juste place.
Le Parti socialiste propose le vote des étrangers pour lutter contre l’abstention. Que pensez vous de cette proposition ?
Pour lutter contre l’abstention, cela ne me paraît pas être la solution. Pour lutter contre l’abstention, il faut des dirigeants politiques crédibles et compétents, citoyens et engagés. S’ils sont élus, ils s’engagent à ne faire que ça et à rendre des comptes régulièrement à leurs électeurs. Ils ne vont pas aller chercher un deuxième mandat alimentaire. Aucune autre liste ne prend cet engagement.
 En revanche, le vote des étrangers européens est tout à fait possible. Nous avons d’ailleurs une tête de liste allemande dans le centre de la France et une colistière espagnole mariée à un Français en Île-de-France.
Mais nous ne sommes pas favorables au vote des étrangers hors de la zone européenne. Cela ne me semble pas opportun. La vraie question est surtout celle de l’intégration des étrangers non-européens en France, qui est un vrai sujet qui passe notamment par la réforme de l’éducation, très inégalitaire particulièrement pour les plus pauvres et par la remise à plat du fonctionnement de l’économie qui ne crée plus d’emplois particulièrement pour les moins qualifiés. Certains de ces sujets passent par l’élection européenne. Il faut aussi commencer par réguler les flux migratoires et cela se traite au niveau européen. Il faut, par exemple, donner à l’agence Frontex, qui a été créée pour lutter contre l’immigration illégale, des moyens pour éviter les noyades de Lampedusa qui sont scandaleuses et éviter que l’Europe ne soit une passoire. Il faut développer beaucoup plus le co-développement pour fixer les populations le plus possible sur place. Il faut aussi mettre en place une politique de quota et permettre à chaque pays chaque année d’établir ses besoins dans chaque profession et ensuite autoriser des populations à rentrer en fonction de ces besoins. Et une fois qu’on l’aura fait, on pourra se poser la question dans un climat dépassionné et après avoir résolu l’ensemble de ces problèmes, je pense. Cette question ne doit pas être abordée trop rapidement. C’est trop tôt.
Que pensez-vous de la prise en compte du vote blanc dès les élections européennes ?
C’est une bonne chose. Je pense que c’est une manière de comptabiliser ces citoyens qui sont dans une démarche d’exprimer qu’aucune candidature ne les séduit. Mais si Nous Citoyens continue de prospérer, il y aura beaucoup moins de votes blancs. J’attendais que la société civile se réveille depuis des années avec des gens crédibles, qui représentent la diversité de la société. Je pense que l’on est susceptible de faire bouger le nombre de vote blanc et l’abstention en général.
Quel mécanisme européen voudriez-vous mettre vous en place pour lutter efficacement contre le chômage si vous obteniez des sièges au Parlement européen ?
La France prélève 6 points de PIB sur la société française par rapport à la moyenne européenne. Six points, c’est 120 milliards d’euros, c’est deux fois le budget de l’éducation, soit 1,8 million de fonctionnaires de plus que par rapport à nos voisins européens. Cela crée aussi des écarts de compétitivité énorme. Ce qui fait que quand des travailleurs polonais ou d’autres pays de l’Europe de l’Est viennent travailler en France, ça crée une perception de dumping. Donc à court terme évidemment, la solution est de faire payer les charges sociales dans le pays de travail et à moyen terme, c’est de mener à bien la convergence fiscale et sociale qui est nécessaire pour finaliser la construction de l’Euro et qui se fera par une baisse des prélèvements en France. Pour finir la construction de l’Euro, il faut que l’on ait aussi, et ça figure dans nos propositions, des mécanismes de stabilisation des zones économiques en phase de convergence, comme savent le faire les Américains avec leur monnaie unique. Les Etats riches de l’Est aident les Etats les plus pauvres comme l’Alabama.
Que signifie pour vous l’identité européenne ? Quelle définition donneriez- vous à ce terme ?
L’identité européenne est au niveau du choix d’une économie sociale de marché qui doit être défendue dans les négociations internationales. Je ne suis pas du tout fervent du protectionnisme européen qui n’a aucun sens et serait une régression conduisant à un appauvrissement, mais je suis plus favorable à des négociations beaucoup plus équilibrées en matière de commerce international. Le choix de l’économie sociale de marché est inscrit au cœur du Traité de l’Union européenne, notamment dans son article 3. Comme le dit Angela Merkel régulièrement, par ce choix extrêmement exigeant, on représente 7% de la population mondiale, 20% du PIB mondial et 50% de la dépense mondiale. Ce choix doit être défendu à l’intérieur, c’est-à-dire que l’on n’a pas le droit de gaspiller la dépense publique comme le fait la France aujourd’hui qui est l’homme malade de l’Europe. Et d’autre part, on doit défendre ce modèle à l’extérieur, notamment dans le cadre des négociations internationales. On doit se battre pour qu’avec ces négociations, il y ait des contreparties sociales et environnementales, à l’inverse de se qu’il s’est passé, par exemple, quand la Chine est entrée dans l’OMC.
Quelles sont vos chances d’obtenir des sièges ?
C’est difficile de le dire. La barre est haute. Nous sommes un jeune mouvement. Nous n’avons que huit mois d’existence. Néanmoins, nous avons 10.000 adhérents aujourd’hui. Nous sommes aussi gros qu’Europe-Écologie les Verts en nombre d’adhérents. Ce qui est exceptionnel. On n’a pas encore une notoriété phénoménale, mais quand les gens nous connaissent, en général, on a une adhésion rapide et forte. Les Européennes sont aussi une occasion pour nous de nous faire connaître. Si nous avons des élus, c’est tant mieux, on va se battre pour ; mais ce ne sera pas facile.
Quelle est la prochaine étape ?
Ce seront probablement les régionales qui ont été repoussées et notre objectif ultime est 2017, pour que l’on n’ait pas une Présidentielle pour rien, que l’on ne nous parle pas de sujets périphériques comme en 2012 où on a eu droit au déjeuner sur l’herbe.
Maintenez-vous une candidature aux présidentielles ?
Je n’ai pas dit que j’étais candidat aux présidentielles. J’ai juste dit deux choses. Si les partis du gouvernement reprennent nos thèmes et qu’il y a un changement de leadership avec des gens issus de la société civile qui amènent des compétences sur des vrais sujets dont on a besoin comme l’emploi, la bonne gestion et la compréhension du monde, on les soutiendra et on s’alliera probablement avec eux mais pas pour faire de la figuration. Si cela ne se produit pas, Nous Citoyens aura un candidat aux élections présidentielles de 2017, et ce sera peut être moi en effet.
Aujourd’hui, il faut un consensus le plus large possible pour réformer le pays. Il faut que les Français de bonne volonté se rassemblent autour d’un projet de réforme du pays, ambitieux, assumé, sortant du déni en réconciliant solidarité et prospérité. C’est ce que l’on essaie d’incarner.