Quel bilan tirez-vous de la première année du quinquennat de François Hollande ?

 

C’est un bilan qui tient en deux mots : confusion et incompétence. Confusion parce que l’on a des annonces qui vont systématiquement dans des directions opposées. On apprend récemment que le ministre Arnaud Montebourg est contre la vente de Dailymotion à Yahoo! et on apprend le jour même que Pierre Moscovici n’est pas au courant et qu’il n’y a pas eu de débat. On apprend un jour qu’il faut nationaliser Florange et le lendemain qu’il ne faut pas nationaliser. On a chaque fois une confusion qui ne donne aucune visibilité aux entreprises et aux Français. Le second sujet important, c’est l’incompétence. On voit des ministres qui ne connaissent pas le fond des dossiers, ce qui n’aide pas le pays à prendre les bonnes décisions et à avancer dans la bonne direction.

 

Comment jugez-vous l’attitude d’Arnaud Montebourg sur le dossier de la reprise de Dailymotion par Yahoo! ?

 

L’attitude d’Arnaud Montebourg est irresponsable. Elle a été critiquée par le directeur financier de Dailymotion. C’est un marché très complexe de haute technologie qui est très mouvant. Je ne sais pas si la vente de Dailymotion à Yahoo! est une bonne chose, je n’ai pas la légitimité pour le dire, c’est celle de l’actionnaire Orange. Dailymotion a des perspectives devant elle, à condition de trouver de bons partenaires. Son marché de conquête, c’est l’Amérique. Pour cela elle doit rentrer dans le giron de partenaires qui vont l’aider à se développer aux Etats-Unis. Qui va vouloir créer une entreprise Internet en France aujourd’hui, secteur international et mobile, avec un ministre qui peut vous bloquer dans votre développement. Les nouveaux innovateurs vont monter leur start-up ailleurs qu’en France parce que le danger de l’instabilité politique coûte cher.

 

Que pensez-vous de la récente annonce de Jean-Marc Ayrault de réduire la participation de l’Etat dans des entreprises publiques pour financer l’investissement ?

 

Avant de vouloir financer les investissements, il faudrait déjà réduire la dette qui devient dangereuse. On annonce un chiffre de 94 % de dette du produit intérieur brut l’année prochaine, ce qui est extrêmement inquiétant. Avant de penser à l’investissement, il faut déjà penser à survivre. Pour l’instant, la dette française reste appréciée des marchés mais demain cela peut se retourner et coûter très cher. Regardons ce qui se passe en Italie : on constate les efforts imposés par les marchés financiers. Est-ce que l’on a envie en France de subir le même choc financier. Vendre des participations d’Etat dans les entreprises publiques ou semi-privées, je considère que c’est primordial. L’Etat ne sait pas gérer ces participations, on l’a vu avec Dailymotion et toutes les entreprises dans lesquelles il est présent car il n’y a aucune vision industrielle. On a besoin d’argent pour rembourser la dette et si on peut la réduire aujourd’hui, allons-y.

 

Que pensez-vous du délai accordé par Bruxelles à la France pour réduire son déficit budgétaire sous la barre des 3 % ?

 

Je trouve cela un peu dangereux de la part de Bruxelles qui a été mise devant le fait accompli. Avant d’annoncer un report de deux ans, Bruxelles était au pied du mur en constatant qu’en 2014 on aurait un déficit au-dessus de 4 %. C’est un signe de faiblesse qui ne va pas inciter la France à faire de gros efforts. On sait bien que la France ne va pas suivre ce que Bruxelles lui demande. Il n’y aura ni réforme, ni rigueur. Au final, on va perdre un an ou deux avant d’engager ces efforts, ce qui peut coûter très cher à l’avenir. Bruxelles fait preuve de faiblesse pour des raisons électorales et politiques. A force de reculer l’échéance et les efforts à entreprendre, le mur à franchir va être beaucoup plus élevé.

 

Que pensez-vous de la loi Taubira et par ailleurs des manifestations qui ont eu lieu en opposition au mariage pour tous ?

 

Je suis favorable à  cette loi à titre personnel. Le Parti libéral démocrate n’a pas tranché cette question. Je pense que le mariage est une affaire qui relève d’institutions privées et non de l’Etat. La loi Taubira égalise l’accès au mariage pour tous et je trouve que c’est une bonne chose. Maintenant il est vrai que cela pose des questions sur la famille et les réactions dans la rue montrent non pas le rejet du principe du mariage pour tous mais d’une peur devant l’avenir, un manque de confiance de la société française. Je trouve dommage que le Parti socialiste s’empare d’un sujet aussi difficile et brusque une opposition au lieu d’essayer de détendre la situation et de faire passer en douceur une évolution de société qui est aujourd’hui admise. Tous les sondages montrent que les Français sont favorables à cette évolution.

 

Quelle est selon vous la mesure-phare qu’il faudrait prendre pour inverser la courbe du chômage ?

 

Pour combattre ce fléau, ce n’est pas une mesure qu’il faut, c’est une stratégie. C’est-à-dire une vision et plusieurs mesures qui vont la servir. La vision que nous défendons au Parti libéral est la flexibilité. Il faut casser toutes les cloisons qui empêchent les gens d’avoir accès à l’emploi. Ces cloisons, c’est la mobilité, les corporations fermées, les professions protégées, celles qui existent entre la fonction publique et le secteur privé. Une mesure-phare, qui concerne un tabou auquel il va falloir s’attaquer, c’est le Smic qu’il faut abolir. Il n’a plus aucun sens et c’est un désastre pour les jeunes et pour les gens les plus fragiles car ils ne trouvent pas de travail.

 

 

Quelles sont les ambitions du PLD pour les prochaines élections municipales de 2014 ?

 

On espère avoir plusieurs têtes de liste dans des villes de moyenne taille. On espère avoir beaucoup d’élus municipaux dans des grandes villes, Paris, Marseille, Bordeaux. Notre ambition est d’avoir des bastions avec des élus de terrain parce que l’on croit que c’est de là que la conquête politique doit partir. Nous devons conquérir des cantons en 2015 et peut-être des régions, remonter de la ville vers le pouvoir central. Nous verrons pour 2017, la route est encore longue d’ici là.

 

Propos recueillis par Anne Dupin