Angélique Delahaye, maire de St Martin le Beau, commune rurale de 2 985 habitants, Députée Européenne élue en Mai 2014, nous fait part de ses réflexions suite aux élections départementales du 22 mars 2015.

 

Mme la Députée, pensez-vous que le paysage politique français s’installe dans un tripartisme ?

Je crains fortement cette voie-là si le gouvernement actuel continue de diaboliser l’électorat du Front National tel que l’a énoncé le premier ministre, il y a quelques jours.
Mais j’ai espoir que ce tripartisme ne s’installe pas véritablement à long terme.
En effet, aux dernières élections municipales, nous avons vu très peu de maires FN être élus, notamment en milieu rural où l’on trouve plutôt des maires « sans étiquette ».
Le FN existe parce que le PS existe…. Je m’explique : C’est depuis le début des années 80, l’élection de François Mitterand, que le FN a augmenté sa présence dans notre paysage politique puis sous l’ère Chirac, Sarkozy, le soufflé est retombé ! Malheureusement, depuis 2012 et les discours creux du Président de la République sans parler des phrases « choc » de Manuel Valls, nous voyons une courbe des électeurs FN croître de plus en plus.

Comment expliquez-vous les votes de 318 électeurs de votre commune pour le FN ?

Nous avons sur la commune une grande communauté de gens du voyage dont l’installation n’a pas été gérée et traitée correctement depuis de nombreuses années. Et je suis persuadée que cette situation a incité certains de mes administrés à se tourner vers le FN.
D’un autre côté, une grande partie de la population se situe dans une tranche d’âge de 25 à 35 ans et j’échange beaucoup avec eux. Leur discours est sensiblement toujours le même « la Droite, la Gauche…. Nous n’avons toujours pas de perspectives d’avenir prometteur alors on peut essayer le FN. Ils ne feront pas pire ! ». Ce sont, le plus souvent,  des électeurs qui ont porté François Hollande à la tête de l’Etat en 2012 mais qui sont tellement déçus, qui en ont également assez des scandales, des affaires, qu’ils jettent le tout dans la même panière !

L’image du FN a été banalisée par les français qui le voit comme un parti « comme les autres ».  Comment l’entendez-vous ?

Marine Le Pen a masqué l’image historique du Front National, tout d’abord, de par sa position de « femme », puis un comportement chaleureux et souriant dans les réunions et les meetings !
Lors de mes échanges avec les jeunes générations de ma commune, je me suis aperçue qu’ils n’ont aucune notion de « l’historique » du FN. Ils n’ont jamais entendu les propos de JM Le Pen antisémites et racistes.
Comme on dit chez moi « Marine Le Pen….. elle a juste repeint le camion ! ».

Les instituts de sondage se sont égarés dans des chiffres annonçant un FN bien plus haut qu’à la sortie des urnes, pensez-vous qu’ils aient pu influencer les électeurs ?

Je préconiserai seulement aux instituts de sondage de sortir de leurs bureaux, d’aller sur le terrain, d’interroger les maires, les élus locaux. Ils font de la géostratégie alors que nous sommes dans la micro-économie locale surtout pour ce type d’élections !

Concernant justement l’économie locale, que pourront faire les futurs conseillers départementaux car les deux sujets de préoccupation des citoyens sont, au premier plan, l’emploi et ensuite leur pouvoir d’achat ?

L’amateurisme du gouvernement actuel fait que nous ne savons toujours pas quelles seront les compétences des futurs Conseils Départementaux. S’il y a transfert des compétences économiques aux Conseils Régionaux, que leur restera-t’il ? La gestion du « social », c’est-à-dire de mettre des pansements sur les manquements de l’Etat !

La plupart de la presse européenne déroule, ce matin, un tapis rouge à Nicolas Sarkozy en estimant qu’il a fait barrage à Marine Le Pen, sauf la presse allemande qui craint l’influence de la montée du FN en France sur les partis d’extrême-droite d’autres pays européens. Quel est votre avis ?

Et ils ont raison ! Nicolas Sarkozy, depuis qu’il a pris la présidence de l’UMP, combat cette idée que le FN serait devenu le 1er parti de France.
Concernant les médias allemands, je comprends et les suis dans cette approche. Il est, tout à fait, évident que d’autres partis d’extrême-droite, dans divers pays de l’UE, pourraient se sentir pousser des ailes si, en 2017, l’élection présidentielle portait Marine Le Pen aux plus hautes fonctions de l’Etat.

Mais sur l’UE, je regrette l’incapacité de nos dirigeants et ce depuis plusieurs décennies, donc de tout bord, à faire accepter notre appartenance à cette belle institution. Ils ont rejeté, sur l’UE, leurs propres responsabilités !
Les normes établies sont les mêmes pour tous les pays…. Pourquoi les autres états sont-ils arrivés à les mettre en place et pas la France ? Tout simplement parce que les dirigeants qui se sont succédés à la tête de l’Etat n’ont pas eu le courage de faire les réformes nécessaires en temps et en heure.

Nicolas Sarkozy, également ?

Non, n’oublions pas la crise de 2008 à laquelle il a dû faire face ! Ce n’était pas le moment de réformer en profondeur notre pays. Par contre, peut-être, aurait-il pu en mettre certaines en place sur les 18 derniers mois de son mandat….. Il aurait dû réformer les 35 heures, s’il n’y avait qu’une seule réforme à mettre en place, c’était celle-ci ! Elle est la cause des clivages sociaux et sociétaux auxquels nous sommes confrontés, encore aujourd’hui.

Pour le 2ème tour des Départementales, le président de l’UMP a donné comme consigne, le « ni…ni ». Quelle est votre position ?

Nicolas Sarkozy est mon président et je suis ses consignes. Je suis un bon petit soldat ! D’ailleurs les électeurs n’appartiennent à personne et voteront en leur âme et conscience.

C’est justement l’expression employée par Bruno Le Maire « voter en conscience », vous partagez sa ligne de vue ?

Je suis extrêmement respectueuse des organisations. Je ne veux, en aucune façon, participer à une quelconque guerre d’allégation ou de formulation. Nous sommes, là encore, dans des mots de « communication ».
C’est comme « l’esprit républicain » dont le PS nous rabâche les oreilles, il se moque du monde !
Il faut réconcilier les français avec LA politique et avec LES politiques. Il faudra s’attaquer à réformer les conditions d’éligibilité, faire entrer dans nos différentes assemblées des catégories socio-professionnelles plus variées, notamment de la société civile : des entrepreneurs, des retraités, des femmes au foyer et surtout les jeunes générations ! Nos citoyens ne se retrouvent pas dans la représentation actuelle.

ARIANE G.