J’entends déjà les sectaires de tous bords hurler, les uns au mensonge, les autres à la trahison.
Les premiers mettront en doute qu’un ancien cadre du Front National ait eu un ami maghrébin.
Les seconds seront offusqués que j’aie pu dissimuler si longtemps mon amitié pour un « ennemi ».

Et pourtant…

Pourtant, j’ai eu vraiment un ami qui s’appelait Mohammed.
Nous nous sommes rencontrés il y a de bien longues années.
Ses fils et moi partagions la même passion pour le noble art.
Mohammed venait souvent soutenir ses rejetons.
Discret, poli, ne se départissant jamais d’un sourire parfois teinté de lassitude, je me suis rapidement pris d’amitié pour lui.

Sa peau était plus sombre que la mienne.
Ses yeux étaient plus noirs.
Il était musulman. J’étais athée.
Il était père de famille nombreuse. J’étais encore un jeune célibataire.
Son regard était souvent triste en évoquant le passé, tandis que le mien s’illuminait devant l’avenir qui s’offrait à moi.
Il me parlait de sa jeunesse en Algérie. Je me plaignais de la mienne en France.
Il me racontait sa guerre. J’attendais de partir sous les drapeaux.
Il me décrivait ses souffrances et ses tourments. Je m’attardais sur mes soucis insignifiants.
Il était d’une rare culture. Ma tête était vide comme celle de tous les jeunes cons.

Nous étions à la fois si différents et pourtant si proches…
Car nous portions tous deux en notre cœur le même amour pour notre pays, sa culture, son histoire. Tout ce qui nous séparait s’effaçait devant cela.
Nous aimions la France. Notre France.

Il s’appelait Mohammed. C’était un Harki.
Français oublié. Français méprisé. Français rejeté. Mais Français par le sang versé…

Les années ont passé. Mon ami est allé rejoindre un monde qu’il espérait meilleur.
J’espère qu’il y aura enfin trouvé la paix de l’âme et du cœur.

Le temps s’est écoulé. Mes cheveux ont blanchi. Le monde a évolué.
Mais pour les Harkis rien n’a changé…
Français oubliés. Français méprisés. Français rejetés.

Depuis cinquante-cinq ans, des responsables politiques aussi fourbes que méprisables leur adressent des promesses qu’ils ne tiennent jamais.

Certes, ces hommes et ces femmes martyrisés ne représentent pas le poids électoral des « jeunes » issus des « quartiers »… Nos dirigeants ont choisi leur camp…

Le comble de la duplicité est néanmoins atteint par des élus gaullistes, dégoulinant de fausse compassion pour ceux que leurs responsables politiques ont livrés jadis aux égorgeurs du FLN.

Je n’ai pas connu la guerre. Je n’ai pas connu le déracinement. Je n’ai pas connu de telles horreurs. Mais je me souviens…

Je me souviens d’un vieil homme digne dont l’honneur était la fidélité à la France.

Il s’appelait Mohammed. C’était mon ami. C’était un Harki.
C’était un vrai Français.