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Le mot shaman, chamane, saman apparaîtrait pour la première fois en 1672 dans l’autobiographie d’Avvakoum Petrovitch, dirigeant du clergé conservateur russe, exilé en Sibérie en 1661 par le Tsar Alexis Ier. « Il obligea un indigène à faire le šaman [chamane], c’est-à-dire le devin : l’expédition sera-t-elle heureuse, et reviendront-ils victorieux ? Ce manant de magicien, près de ma cabane, amena sur le soir un bélier vivant et se mit à pratiquer sur lui sa magie. Après l’avoir tourné et retourné, il lui tordit le cou et rejeta la tête au loin. Puis il commença à sauter et danser et à appeler les démons. Enfin, avec de grands cris, il se jeta à terre, et l’écume sortit de sa bouche. Les démons le pressaient, et il leur demandait : « L’expédition réussira-t-elle ? » Et les démons dirent : « Avec grande victoire… » (…) J’eus pitié d’eux : mon âme voyait qu’ils seraient massacrés… Sa troupe a été massacrée… » (Avvakum Petrovitch, La vie de l’archi-prêtre Avvakum écrite par lui-même, 1672, trad. du russe Pierre Pascal, Gallimard, 1938).

L’initiation chamanique : un rite de marge.

Devenir chamane ne tient souvent que rarement à une transmission de pouvoirs et de titre suivant la logique héréditaire. En Amérique du sud, on devient généralement chamane à partir du vécu intime de signes qui avertissent son élection par les esprits au futur dépositaire de la fonction chamanique. Différents facteurs viennent annoncer cela : ainsi, chez les Guajiro de Colombie et du Venezuela, le chamane, qui est souvent une femme souffre d’une allergie alimentaire comme l’évoque Mariia, elle-même chamane : « C’était en moi quand j’étais petite, et j’ai grandi avec. Enfant, j’étais malade. Je souffrais sans cesse de maladies wanülüü. C’est pour cela que je suis devenue chamane et je suis bien ainsi » [1]. Mariia se trouvait donc isolée, sa maladie-éléction la marquait du sceau de l’appartenance au « contre-monde » pour reprendre le terme employé par Michel de Certeau. Par ailleurs, l’initiation passe nécessairement par un éloignement du groupe : série d’épreuves ponctuées par des états de transe vécus comme autant de voyages dans le monde des esprits, restrictions sexuelles ou isolement prolongé sont autant d’évènements qui amorcent une rupture avec les autres pour celui qui se lance dans une quête volontaire d’un monde accessible aux seuls initiés ou élus en Amazonie.

Le chaman, chamane (ou encore shaman), est un être humain qui se présente comme l’intermédiaire ou l’être intercesseur entre l’humanité et les esprits de la nature. Il a une perception du monde que l’on qualifie aujourd’hui d’holistique dans son sens commun ou animiste (voir également les théories Gaïa). Le chaman est à la fois « sage, thérapeute, conseiller, guérisseur et voyant ». Il « est » l’initié ou le dépositaire de la culture, des croyances, des pratiques du chamanisme, et d’une forme potentielle de « secret culturel ». On le trouve principalement dans les sociétés traditionnelles ancestrales où il arbore des parures et pratique dans le secret.