« J’ai désormais une responsabilité, celle de dire la vérité sur les menaces auxquelles nous devons faire face et sur les défis de nos armées. Ainsi, les Français pourront mieux comprendre.
Ce livre est un appel. Oui, nous pouvons être fiers de notre beau pays et de son armée. Oui, cette nation est fidèle à son histoire quand elle est rassemblée.
Je veux parler de nos forces, de nos fragilités, de notre courage, de notre honneur. Je veux servir. »
Dans son livre « Servir » (éditions Fayard) le Général d’Armée Pierre De Villiers dresse, sans polémique ni rancœur, le constat de la situation militaire de la France : nos forces, nos fragilités, notre courage et notre honneur.
Il y décrit les restructurations imposées aux armées au cours des dernières années et ses relations avec le chef de l’État.
Le général de Villiers dresse un tableau saisissant de la France militaire: la grandeur de nos engagements, leur raison d’être que souvent nous ignorons; l’état de nos Armées, leur grandeur et leurs misères. Tout est concret, appuyé par des chiffres, des lieux.
Chaque élément abordé est détaillé, appuyé par des chiffres, des faits ou des témoignages.
L’auteur est sans aucun doute à l’heure actuelle le mieux placer pour en parler.

C’est aussi le témoignage d’un homme qui par désaccord, a pris la décision de quitter son fauteuil, sa fonction, l’ultime de l’armée française, après 43 années de service.
Une très bonne synthèse des enjeux et des réformes en cours qui permet en très peu de temps d’avoir un point de situation clair.
Certains regrettent que le ton reste lisse. Effectivement, on est loin du pamphlet avec anecdotes croustillantes ou de la diatribe corporatiste. Il y a néanmoins des exemples bien sentis et la réserve du général de Villiers saura sans doute toucher son public.

« L’objectif d’aujourd’hui, c’est un budget à 50 milliards d’euros courants, hors opérations extérieures (Opex), hors pensions. Pour ma part, je trace une ligne droite, qui fait passer le budget de 32,8 milliards en 2017 à 50 milliards d’euros en 2025, à périmètre comparable. C’est environ 2 milliards de plus par an. Si cette courbe cohérente n’était pas tenue, on se présenterait en 2022 avec la nécessité d’une érection brutale pour y arriver en 2025.
On ne fait pas la guerre sans équipement, sans munitions, sans logistique, sans personnel instruit, formé et entraîné. Mon rôle est de rappeler qu’une telle ambition nécessite des moyens… Le président a tranché. Moins 850 millions d’euros pour 2017, et 34 milliards pour le budget 2018. Ce ne sont pas les chiffres que je souhaitais. J’ai beau être rond et diplomate, j’estime que, lorsqu’on fait des annonces, on doit s’y tenir. […]
Je suis un esprit simple, et c’est peut-être pour cette raison que je crois avoir été apprécié.
La suppression des 850 millions d’euros à un budget tenu m’a inspiré des doutes sur la suite. J’ai entendu que cette coupe “ne perturberait pas la vie quotidienne du soldat”… Cette vie quotidienne, ce n’est pas seulement l’alimentation, le chauffage des bâtiments et le courrier qui arrive à l’heure. C’est aussi, et même surtout, que la mission puisse être conduite.
Pour le soldat, cela veut dire qu’il est instruit, entraîné, que ses équipements sont bons, avec l’entretien nécessaire, les pièces de rechange, les munitions. Cela signifie également qu’il soit soigné le mieux possible et dans les meilleurs délais.


Et quand 850 millions d’euros sont supprimés, ce sont autant de ces éléments indispensables dont l’achat est reporté à plus tard. Nos avions ravitailleurs volaient déjà il y a cinquante ans ! Les blindés ont 30 ans de moyenne d’âge. Soixante pour cent des véhicules envoyés en opérations extérieures n’étaient pas blindés au jour de mon départ. »
« Servitude et grandeur militaire » de Vigny en quelque sorte….