Alphabet, Amazon, Apple, Facebook, Microsoft et Netflix aux Etats-Unis ; Alibaba et Tencent en Chine : la valeur boursière des huit géants technologiques mondiaux a chuté de 21% depuis septembre. Quelque 900 milliards de dollars sont ainsi partis en fumée. Cette débandade fait craindre une seconde explosion de bulle en deux décennies. Une perspective préoccupante, car ces compagnies sont devenues si importantes que leur ralentissement pourrait causer du tort à l’ensemble de l’économie.

D’où vient le problème ? La hausse des taux d’intérêt américains n’explique que pour un tiers cette baisse de valorisation. Le reste est dû à trois inquiétudes spécifiques au secteur : ralentissement du rythme de croissance, baisse des bénéfices prévus, augmentation de l’intensité capitalistique. Au troisième trimestre, les huit compagnies ont vu leurs ventes augmenter de 25 %, contre 40 % au deuxième trimestre. C’est le plus mauvais chiffre depuis trois ans. Le 26 octobre, Amazon prévoyait pour le quatrième trimestre une croissance de ses ventes de 15 %, alors que la tendance s’élevait à 31 % au premier trimestre. Sur les huit compagnies, seul Microsoft a vu sa croissance se poursuivre.

Dernier point : jusqu’à présent, les investisseurs appréciaient les tech firms pour leurs marges élevées et leurs faibles besoins en investissement. Ce n’est plus le cas. Les investissements des huit compagnies ont triplé depuis 2013. Or, les entreprises d’Internet n’ont pas la rigueur des multinationales comme Shell ou Intel. Selon toute probabilité, elles vont continuer à gaspiller de l’argent pour acquérir des sociétés médiocres ou tenter d’empiéter sur les plates-bandes de leurs concurrents. Même si un effondrement des valorisations est peu probable, les géants technologiques vont devoir serrer leur ceinture d’un cran. Ce qui peut susciter un nouveau danger. Les six plus grosses entreprises américaines emploient près d’1 million de personnes et représentent un cinquième des investissements des entreprises du S&P 500. C’est le plus grand hommage que l’on puisse rendre à la tech : si elle venait à éternuer, toute l’économie pourrait attraper la grippe.

Source :  Economist