Le programme de réforme d’Ali Bongo, lent et irrégulier, n’est pas encore à la hauteur des  attentes populaires. Néanmoins, la stabilité relative du pays et les nombreuses opportunités

Le Gabon connait une grande stabilité politique et sociale depuis son indépendance en 1960, ayant été épargné par les conflits et bouleversements qu’ont vécu plusieurs de ses voisins d’Afrique centrale et d’Afrique de l’ouest durant les 50 dernières années. L’ancien Président Omar Bongo (1967-2009) a mis à profit la richesse pétrolière du pays pour développer un système politique basé sur le favoritisme des élites et la marginalisation ou la cooptation de toute opposition à son régime. Ce système de favoritisme, le maintien de l’équilibre des tensions ethno-régionales et la cooptation, ont assuré une stabilité générale  du pays sous le règne de Bongo.
Toutefois, la corruption très répandue dans l’administration publique et la mauvaise gestion de la part du gouvernement ont bloqué le développement économique et ont suscité la montée de tensions politiques et sociales à la fin du régime d’Omar Bongo. Après la période d’instabilité qui a suivi la mort d’Omar Bongo en 2009, son fils ainé Ali Ben Bongo a réussi à se positionner comme successeur et leadercapable de maintenir l’intérêt des élites et de
lancer un ambitieux programme de réformes.Ce programme constitue la base du plan de développement national, « Gabon émergent », dont l’objectif est de faire du Gabon une économie émergente d’ici à 2025. Les principaux
axes de « Gabon émergent » sont l’amélioriation de la gouvernance, la diversification de l’économie et le développement durable.
Cependant, malgré la volonté de réforme annoncée par le Président Ali Bongo, la capacité institutionnelle d’intégrer de réels changements reste limitée. Les puissants réseaux d’intérêts particuliers étroitement liés au régime d’Omar Bongo demeurent encore une force importante au sein du pouvoir Gabonais. Ceux-ci tentent régulièrement de bloquer les initiatives de réforme et exercent encore une influence importante sur la prise de décisions touchant à l’intérêt public. Ali Bongo a a donc créé des structures parallèles afin de surmonter ces obstacles, en centralisant la prise de décisions stratégiques au sein de sa proche équipe de conseillers, et a établis des partenariats public-privé pour contourner la lenteur des institutions étatiques.
Ce mode de fonctionnement ralentit le développement du pays et compliquent les  engagements commerciaux ; ces structures parallèles étant bien souvent en compétition  voire opposition. Malgré cette volonté de réforme, les tensions institutionnelles, la corruption, et la mauvaise gestion des deniers publics caractérisent encore le climat d’ affaires  gabonais, et continuent à entraver le développement du pays.De légers progrès ont été constatés depuis l’accession d’Ali Bongo au pouvoir. Le régime de son père avait été marqué par un grand nombre de projets non concrétisés malgré des dépenses considérables. Néanmoins de nombreuses entreprises étrangères présentes au
Gabon continuent de déplorer les défis quotidiens auxquels elles sont confrontées avec l’administration publique.

Le pétrole reste au cœur de l’économie du Gabon

Malgré la croissance de l’industrie, des services, et de l’agriculture, l’industrie pétrolière reste prédominante au Gabon. Le secteur pétrolier contribue à environ 45% du PIB et constitue 81% des exportations du Gabon. La hausse des cours du pétrole ces dernières années a compensé les effets d’une baisse de la production gabonaise, désincitant ainsi le gouvernement à entreprendre des réformes structurelles pourtant urgentes, dans un contexte de dépenses publiques accrues. Cette baisse de la production pétrolière a néanmoins incité le gouvernement à favoriser une politique de diversification de l’économie et a tenter d’attirer de nouveaux investissements dans le secteur du pétrole et du gaz. Le gouvernement a par exemple l’année dernière proposé de nouvelles licences dans l’offshore profond dans les champs pré-salins. Cette démarche a évidemment attiré des opérateurs existants comme Shell et Total, mais aussi d’autres acteurs désireux d’investir dans cette région reconnue pour son potentiel offshore. La procédure n’a pas été sans complications, le gouvernement ayant initialement prévu d’accorder les licences
avant l’entrée en vigueur du nouveau code pétrolier qui a fait l’objet des révisions depuis 2010. Le gouvernement a néanmoins réagi en décidant d’adopter le code dans les plus brefs délais.
Le projet a été adopté le 11 juillet dernier et il est prévu qu’il soit ratifié avant la finalisation de l’octroi des nouvelles licences. Le nouveau code pétrolier prévoit le durcissement des conditions fiscales et des conditions d’accès à la propriété. Des avantages fiscaux seront offerts pour l’exploration offshore, mais seront contrebalances par des taux élevés de redevance de production et une participation plus importante de l’Etat dans les projets. La part des bénéfices de la Société Nationale des Hydrocarbures du Gabon (Gabon Oil Company, ou GOC) sera à hauteur de 15% sans frais sur les licences, avec l’option d’acquérir une participation additionnelle aux taux du marché. Alors qu’elle prend une place croissante dans le secteur, le manque de capacité de la GOC à agir comme partenaire compétent ou à respecter ses engagements financiers pourrait poser d’éventuels problèmes aux opérateurs. Les acteurs de l’industrie pétrolière se réjouissent néanmoins de l’amélioration de la transparence et de la stabilité contractuelles apportées par le nouveau cadre juridique et réglementaire.
Ceci revêt une importance toute particulière depuis le litige commercial très médiatisé entre le gouvernement et Addax Petroleum en 2012-2013. Les autorités avaient révoqué la licence du champ Obanque, accusant la société de ne pas avoir payé un certain nombre de taxes et droits de douanes. Bien que l’affaire Addax ait été la seule à se solder par la révocation de la licence ainsi qu’un dossier d’arbitrage international, réglé en début d’année, plusieurs autres sociétés ont été confrontées à des litiges commerciaux suite à des audits de licences. Ces désaccords semblent être le résultat d’un manque de clarté des cadres juridiques régissant les licences pétrolières, laissant une trop large place pour des interprétations arbitraires.

La résurgence d’une concurrence politique

Le programme de réforme d’Ali Bongo, lent et irrégulier, n’est pas encore à la hauteur des attentes populaires. Néanmoins, la stabilité relative du pays et les nombreuses opportunités
des secteur du pétrole, du gaz,et du non-extractif, continueront d’attirer les investissements étrangers.
L’autorité du Président sera cependant de plus en plus contestée – autant de la part des réseaux de son père associés au parti au pouvoir, que d’une opposition politique résurgente et croissante. Sous la présidence d’Ali Bongo, l’opposition avait été écartée suite à la mort de plusieurs de ces membres clés, à la dissolution du principal parti d’opposition après un désaccord politique en 2011, et au boycottage des élections législatives. L’opposition montre
aujourd’hui des signes de résurgence avec la défection de membres éminents du parti en pouvoir, y compris Jean Ping, l’ancien Président de l’Union Africaine. L’opposition va sans doute unir ses forces pour les élections législatives de 2015 et les présidentielles de 2016. Malgré quelques gains électoraux attendus, il lui sera cependant difficile de faire face à la position dominante et l’avantage du pouvoir de Bongo et du PDG.
La stabilité politique va améliorer les opportunités commerciales en minimisant le risque d’importants remaniements ministériels et de modification des accords commerciaux existants. La stabilité politique attendue renforcera également la réputation du Gabon en tant que pôle de stabilité, dans une région considérée comme relativement volatile. Les entreprises désireuses d’investir au Gabon continueront néanmoins de faire face aux
nombreux défis liés à la complexité institutionnelle et à l’intervention politique qui marquent encore le climat des affaires du Gabon.
Roddy Barclay, Analyste senior, Afrique, Control Risks
Stephanie Lhomme, Directrice Business Intelligence et Compliance Europe & Afrique – Directrice
Générale France
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