G.P.A. : je n’aime pas … le mot, qui me fait penser à G.P.S. (entendez Guide Pour Sclérosés (du cerveau). G.P.A. donc ou Gestation pour Autrui : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? G.P.A., c’est « Mère porteuse ».

La question est différente de celle de la P.M.A … (je n’aime pas non plus le mot qui me fait penser à P.M.U. – pari mutuel urbain). P.M.A., donc ou Procréation médicalement assistée, cette question est une question scientifique. G.P.A., c’est une question MORALE, car il y a (souvent) des implications financières possible.

G.P.A., cela revient à se demander si, quand on est femme, on peut ou non user librement de son corps, aux fins que l’on veut. Donc, en l’espèce, si je suis femme, puis-je porter un bébé pour une autre ? Quelle autre ? Et à quelles conditions ? Et question pas si annexe que ça : il est où ici l’intérêt de l’enfant ? Autrement dit, tandis que la P.M.A. est une victoire de la Science (bonne ou mauvaise, c’est une autre question), la G.P.A., au moins pour ses adversaires, est d’abord une défaite de la Morale.

Ne soyons pas dupes en effet : toute G.P.A. n’est pas un DON de la « mère porteuse », mais souvent le résultat d’un arrangement financier avec la « mère receveuse » – c’est ce que l’on appelle la « marchandisation du corps de la femme ». Aujourd’hui, selon un sondage du journal La Croix, les deux tiers des Français se déclarent pourtant favorables à la G.P.A.

Comment donc avancer sur ce dossier qui soulève encore polémique ?

D’abord, en réparant, en urgence, une situation de fait qui pénalise gravement des enfants nés par G.P.A. à l’étranger où la chose est permise. On sait que les enfants nés à l’étranger de parents français, depuis une circulaire Taubira de 2013, ont droit à la nationalité française, mais pas à la transcription intégrale de leur filiation à l’état-civil français. Aujourd’hui, seul le père est reconnu comme père en raison de son lien biologique avec l’enfant, pas la « mère receveuse » parce qu’elle n’a pas elle-même porté l’enfant. C’est évidemment injuste. Il faut donc supprimer cette discrimination.

Comment avancer encore sur ce dossier ? En considérant peut-être que la G.P.A. est une affaire éminemment PERSONNELLE entre deux femmes, et pas une affaire d’ETAT. La

société ne devrait donc pas se mêler de l’affaire ; par conséquent elle ne devrait avoir ni à l’interdire ni à l’autoriser. Son rôle ne serait que d’intervenir en cas de litige entre les parties.

Peut-on aller plus loin dans le traitement du dossier ? Plus loin, c’est la légalisation. C’est envisageable de notre point de vue, à trois conditions. La première, c’est que la G.P.A. soit un DON véritable, sans aucune contrepartie financière, si ce n’est la prise en charge par la « mère receveuse » des frais d’hospitalisation et de soins divers supportés par la « mère porteuse ». La deuxième condition serait que, selon la loi nouvelle, toute femme, quels que soient son milieu, son appartenance culturelle ou religieuse, mais aussi tout homme (pour ne pas pénaliser les couples homosexuels masculins), aient droit à la G.P.A., ce qui n’est pas le cas actuellement. La troisième et dernière condition serait que la femme demanderesse de G.P.A. soit dans l’incapacité de procréer elle-même.

Michel FIZE, sociologue, auteur de La crise morale de la France et des Français (Mimésis, 2017)