Du 22 mars au 26 juin, Le Louvre-Lens présente une exposition  consacrée aux frères Le Nain ; originaires de Laon, ils figurent parmi les artistes les plus talentueux du 17e siècle.
Plusieurs de leurs tableaux sont devenus de véritables icônes de l’histoire de l’art comme le « La Famille de paysans » du Louvre au même titre que « l’Angélus » de Millet :la composition s’inscrit dans un rectangle, les protagonistes s’y déploient en frise. Le premier plan est animé seulement par quelques objets. C’est la lumière qui sculpte les matières en renforçant le creux des plis des tissus  et révélant des personnages d’une noblesse paradoxale.
Au fil de l’exposition, le « mystère Le Nain »,  titre de l’exposition au Louvre-Lens,  se dévoile sur Louis le génie méconnu, Antoine le portraitiste et Mathieu l’ambitieux.
Sur les 75 tableaux encore recensés des trois frères, le musée lensois réussit l’exploit d’en réunir 55, dont plusieurs inédits.
Sur près de 1.700 m2, « un espace inenvisageable au Louvre » parisien, les commissaires de l’exposition entendent « rouvrir le dossier » de ces artistes « si fascinants mais aussi si mystérieux ».
Car les frères Le Nain sont des OVNI  dans l’histoire de l’art! Très éloignés des « gueuseries » flamandes contemporaines, ils portent un regard tendre sur l’enfance et le milieu paysan.
Les frères Le Nain sont trois : Antoine l’aîné, Louis, son cadet, et Mathieu, le plus jeune. Originaires de Picardie, ils sont formés par un artiste très probablement nordique, mais dont l’identité n’est pas connue. Ils s’installent à Paris en 1629, dans l’enclos privilégié de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, où logent les peintres provinciaux et étrangers désireux d’échapper aux contraintes de la corporation parisienne.
Leurs compositions les plus fameuses montrent des paysans aux volumes charpentés, représentés avec une grande puissance d’émotion et une complète originalité. Ces scènes renversent les hiérarchies admises. Elles montrent les plus humbles avec une vérité humaine et une dignité sans précédent. Les frères Le Nain ont créé un genre nouveau en appliquant à la représentation du peuple, les règles du portrait de groupe fondées sur l’absence de narration et sur la profondeur psychologique : les visages sont tournés vers le spectateur avec des regards intenses, ou bien les expressions sont rêveuses et mélancoliques.
 

Louis est le plus mystérieux des frères Le Nain. C’est lui qui est considéré comme le génie artistique de la famille, l’auteur de la plupart des scènes paysannes. 
On lui attribue un ensemble cohérent de peintures au coloris froid et restreint que Huysmans qualifiait de couleur de « blanquette de veau » !, mais très subtil, aux figures puissamment campées, à la touche libre et maîtrisée, aux compositions calmes et claires, très « françaises »
 
Les spécialistes se perdent en conjectures. Ces scènes paysannes dépourvues de pathos, répudiant toute revendication sociale, livrent-elles un message humaniste sur le monde rural ? Sont-elles un hommage chrétien aux mouvements de charité, nés au 17 e siècle, à rapprocher sans doute de ce nouveau regard sur les pauvres que poseront un Saint Vincent de Paul ou un cardinal de Bérulle ? ou encore, comme l’avancent les historiens de l’art américains, s’agit-il de scènes religieuses subliminales où le pain et le vin sur la table symboliseraient l’eucharistie ? Difficile à dire… Toujours est-il que certaines scènes sont carrément incohérentes : des paysans aux habits déchirés mais …qui boivent dans des verres de cristal ! ou encore la présence dans ces scènes rustiques de lits à colonnes dont on connait par ailleurs la cherté ! ou ces petits chiens bichons trop délicats dans un contexte rural !
Un conseil : allez sonder au plus vite le « mystère Le Nain » au Louvre-Lens !