Le terrifiant accident du dépôt d’armes et de munitions russes d’Atchinsk, pas loin de Krasnoïarsk, en Russie, constitue une grinçante métaphore de ce qui se prépare dans le monde. Et qui reste parfaitement évitable : l’accumulation de munitions, d’armes, dans des conditions de sécurité hasardeuses, à proximité d’une ville de plus de 100.000 habitants, a fini par produire une explosion équivalente à celle de 40.000 obus.

  A regarder le monde, c’est un peu la même chose qui se prépare, à une toute autre échelle : Dans un bric à brac insensé, on accumule sans aucune précaution bien des matières inflammables, qui peuvent toutes  déclencher un embrasement global : Pékin peut tirer sur les manifestants de Hong Kong, entraînant des réactions violentes des Américains et des voisins de la Chine ; la production par la Corée du Nord d’armes nucléaires et de lanceurs finira par entraîner une réaction de la Corée du Sud et du Japon, qui voudront aussi s’en doter ; ce qui poussera l’Iran à aller bien plus loin dans l’enrichissement de son uranium. 

De même, la destruction catastrophique au Brésil d’une des ultimes forêts primaires du monde, vitale pour l’humanité, comme l’accumulation insensée de déchets dans les océans, constituent d’autres exemples d’un chacun pour soi suicidaire.   

A cela s’ajoutent les menaces de guerre douanière des Etats-Unis contre la Chine,  l’Allemagne, ou la France ; l’imminence d’une sortie sans accord de la Grande Bretagne de l’Union européenne ; et surtout une situation financière du monde chaque jour plus folle et qui ne se maintient que par une spoliation lente des épargnants, qui ne suffira pas longtemps à financer les exigences  des plus riches.

Tout cela conduit à une accumulation de contradictions bientôt insupportables : plus les riches spolieront les classe moyennes, plus se développera le populisme, ; et plus les pauvres sortiront de leur misère sans changer de mode de vie, plus l’environnement sera pillé et massacré. 

  Tout cela est absolument intenable. Et constitue des manifestations d’une insouciance de chacun, soucieux de ses propres intérêts, sans vouloir prendre en compte les conséquences planétaires de ses actes. Avec, partout, des dirigeants et des élites convaincus que ce qui a fait le bonheur de l’Occident depuis la fin de la seconde guerre mondiale peut faire demain celui de toute la planète. Mortelles illusions.

 Dans ces circonstances, quelqu’un aura bientôt intérêt à allumer la mèche, pour détourner l’attention de ses propres turpitudes, ou pour tenter de profiter d’une crise pour s’imposer à l’égard de ses rivaux. Et tout explosera, en une crise bien plus grave que la précédente, parce qu’elle sera à la fois financière, commerciale, écologique, et militaire.

   A moins qu’on réalise au plus vite que personne, dans sa vie personnelle, (comme consommateur, producteur,  épargnant) et dans la vie collective (comme citoyen), n’a intérêt à ruiner la vie des autres, et en particulier pas celle des générations futures. Que chacun comprenne que rien n’est pire que la perte de conscience de l’interdépendance de tout et de tous, de la fragilité de notre civilisation, de notre espèce.

Et que, calmement, lentement, nous commencions tous, à notre place, à désamorcer les bombes que nous avons fabriquées ; et à apprendre enfin à vivre sans faire de la puissance la raison d’être de l’humanité.

  Pour avoir lutté depuis toujours contre le libéralisme sauvage, pour une gouvernance mondiale, sinon un gouvernement mondial, pour des décisions fortes de maîtrise financière, pour une prise en compte de l’intérêt des générations futures, et pour la mise en place de ce que je nomme une « économie positive », je sais que c’est possible. Il faudrait pour cela qu’un pays, ou un continent donne l’exemple, et montre que l’intérêt de l’avenir et la démocratie ne sont pas incompatibles.