La France doit choisir de Jean-Louis Beffa. Éditions du Seuil, 286 pages, 18 euros. L’ancien patron de Saint-Gobain, l’un des champions du CAC 40, part du constat très politique d’« un divorce inquiétant entre les travailleurs 
ou, plus largement, les citoyens et les entreprises » en Europe et propose au lecteur d’explorer avec lui les voies pour le surmonter.

À ce titre, il distingue deux figures économiques 
essentielles dans le panorama mondial. Le modèle 
« libéral-financier » où la logique des entreprises et de ses dirigeants est « avant tout dictée par les impératifs de rentabilité financière de court terme ». Mais la crise de 2007-2008 l’atteste, il a échoué.

Le second de ces modèles dominants, appelé commercial-industriel, ne donne pas la priorité à l’actionnaire. « Il repose essentiellement sur la volonté d’avoir une 
balance commerciale positive » et s’appuie sur une industrie puissante. Il se caractérise en outre par une gouvernance des entreprises qui s’efforce d’associer les salariés 
aux choix stratégiques. Jean-Louis Beffa s’engage ensuite dans un tour du monde des « gagnants et des perdants de la mondialisation et de la crise de 2008 » et en conclut que « la libéralisation financière n’est pas la solution 
aux problèmes ».

C’est la dernière partie de l’ouvrage qui est la plus originale. Quelques pierres sont jetées dans le jardin électoral français. Ainsi, évoquant le ralliement de la France au modèle « libéral-financier » anglo-saxon, il note que « cette politique, dont on peut juger paradoxal qu’elle ait été impulsée sous la présidence socialiste de François Mitterrand, a été fidèlement poursuivie par les gouvernements de droite comme de gauche sous les présidences de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ».

Tout y passe sous le bâton de l’ancien PDG. La primauté donnée à l’actionnaire « qui est à l’origine de la désindustrialisation française » et aurait interrompu, selon l’auteur, « le mouvement vers l’association des travailleurs à la gouvernance de l’entreprise ». La « concurrence vive, libre et non faussée » qui de fait ne peut donner la priorité au développement industriel. Nul n’est épargné : Chirac, Sarkozy, le PS et même Mélenchon. Et le couperet tombe : « La France ne sait pas choisir », conclut Jean-Louis Beffa.

Suivent une série de propositions visant à fonder un nouveau « pacte social ». Mais l’ambition de « mettre fin à la primauté absolue de l’actionnaire » s’épuise, asphyxiée par le souci de le satisfaire malgré tout. En témoigne le soutien apporté à l’idée d’une hausse de la TVA pour baisser les cotisations sociales. La France doit choisir, certes, Jean-Louis Beffa aussi. Peut-on rester au milieu du gué ?