C’est Yves Gagneux, directeur de la Maison de Balzac, rue Raynouard qui nous introduit courtoisement dans les arcanes de ce délicieux pavillon d’écrivain blotti dans un coin du XVI° arrondissement. Nichée sur les coteaux de Passy, la Maison de Balzac est la seule des demeures parisiennes du romancier qui subsiste aujourd’hui. C’est dans le cabinet de travail que Balzac a corrigé, de1840 à 1847, l’ensemble de La Comédie humaine. À travers la présentation de portraits de l’artiste ou de ses personnages, de peintures, gravures, dessins, et à l’aide d’une scénographie originale, le musée incite le visiteur à s’interroger sur Balzac et suggère des chemins originaux pour conduire à la découverte comme à la relecture de La Comédie humaine.
M. Gagneux est conservateur du patrimoine mais aussi grand zélateur de l’écrivain : c’est dire le soin particulier qu’il prend à animer l’univers littéraire qui lui est confié. « Le conservateur est un démiurge, il choisit des outils de médiation pour exprimer sa vision » explique-t-il. Qui mieux qu’un historien en reliques du XIX° siècle de saints pouvait, tel un gardien du Temple présenter les « reliques » profanes liées au grand écrivain ? Un même objet, telle la canne aux turquoises peut ainsi être présenté en terme de muséographie, sous l’angle d’une pièce d’orfèvrerie, un accessoire de dandy qui défraya la chronique ou encore le sceptre glorieux du génie. De fait, la politique d’acquisition répond à des critères de strict discernement : il s’agit de donner à voir par les objets exposés, un Balzac universel dont l’œuvre touche par ses aspects contemporains. La « Comédie humaine » est une cathédrale dont certaines parties sont restées en chantier mais dont le but ultime répond à une volonté de classification de l’espèce sociale proche de la démarche scientifique de Buffon en vue d’étudier la société et classer les espèces humaines comme les espèces animales…
« Pour cela il a créé un outil d’analyse : le roman qui se révèle le genre littéraire le mieux adapté à rendre compte d’une réalité sociale que nos contemporains du XXI° siècle peuvent appréhender qu’ils soient Français, Européens ou Chinois… » Poursuit-il.
D’abord conçu comme lieu de pèlerinage pour initiés, le musée s’ouvre aujourd’hui à la nouvelle sociologie des visiteurs par un projet muséal ambitieux qui vise à toucher le public et relève le défi de susciter le désir ; une extension va également être aménagée intégrant un espace de restauration sur le jardin.
Maison de Balzac : 47 rue Raynouard. Fermée le lundi