CECILE PHILIPPE DIRECTRICE DE L INSTITUT MOLINARI

 

 

 

 

Guédelon, c’est le nom d’un château médiéval en construction, et pour lequel tous les artisans ont décidé de travailler exactement comme au XIIIème siècle. Ce projet, qui se finance sans aucune subvention, est l’exemple d’un nouveau rapport au travail.

Vivre sans subvention, c’est possible et cela peut mener loin, comme l’illustre la réussite de Guédelon dans l’Yonne. La beauté du site de ce château fort du XIIIème siècle en construction est inoubliable. Son histoire, excellemment racontée par des guides passionnés et des ouvrages vendus sur place, nous plonge dans une expérience hors du temps qui émerveille. Or, ce rêve fou se réalise sous les yeux de ceux qui le financent en le partageant le temps d’une journée ou davantage. Ils repartent, comme moi, avec le sentiment d’avoir vécu une expérience unique.

Le projet de Guédelon est né de rencontres et de discussions autour d’un rêve et d’un besoin. Le rêve, c’est celui de Michel Guyot, propriétaire du château de Saint Fargeau. En 1995, il reçoit les conclusions d’une étude sur les souches médiévales de son château. Leurs deux auteurs, Nicolas Faucherre (spécialiste des fortifications) et Christian Corvisier (castellologue) concluent qu’il « serait passionnant de reconstruire Saint-Fargeau ».

Au même moment, Maryline Martin, directrice de l’association Emeraude visant la réinsertion en milieu rural, dans cette région touchée par le chômage, est insatisfaite de la qualité des emplois qu’elle parvient à offrir. Elle va trouver dans le projet de Guédelon une réponse à son objectif, outre son envie de protéger la nature. Maryline Martin en est aujourd’hui encore le chef d’orchestre, aux côtes des trois autres instigateurs et d’autres passionnés ayant rejoint le projet.

Rien de mieux que de commencer la découverte du site par la visite proposée par une guide érudite et passionnée. D’emblée, elle nous pose une question donnant à réfléchir : la construction du petit château fort de Guédelon aujourd’hui, 25 ans, est-elle plus rapide, plus lente ou identique à celle du XIIIe siècle ? Eh bien c’est beaucoup plus long que le temps qu’il fallait à nos ancêtres à l’époque du roi Philippe-Auguste.

À y réfléchir, cela ne semble pas contre-intuitif. En effet, aujourd’hui, nos tailleurs de pierre, forgerons, tuiliers, charretiers et charpentiers doivent retrouver les techniques de l’époque. Mais ce n’est pas ce qui nécessite le plus de temps. Si le chantier s’étale sur des décennies, c’est surtout parce qu’il a été conçu comme un projet pédagogique. Les acteurs du site sont tout à la fois artisans et passeurs de savoir au bénéfice des visiteurs curieux. Ils s’arrêtent donc continuellement dans leur tâche pour expliquer, montrer, partager avant de revenir à leur ouvrage.

Ce choix est au cœur du succès du projet et de son indépendance financière. « Avec près de 100 salariés… cette folle aventure se finance en totalité grâce aux entrées, à la boutique et aux restaurants sur place », explique l’équipe. Voilà un lieu qui mériterait de recevoir un label « sans financement public ! »

Ce site hors de temps nous plonge près de 800 ans en arrière. Son existence est pourtant rendue possible par des personnes qui travaillent dans l’économie du XXIème siècle. Comme l’écrit Jean-Laurent Cassely dans La révolte des premiers de la classe, « les néo-entrepreneurs de la proximité sont pour la plupart engagés dans un double mouvement de réinterprétation de l’ancien et d’inscription dans les nouvelles technologies, à commencer par la communication sur les réseaux numériques dont ils font un usage massif. »

Cécile Philippe détient un doctorat ès sciences économiques de l’Université Paris-IX Dauphine et d’un Desup en gestion des entreprises dans les pays en développement. C’est au sein d’un think tank américain qu’elle a terminé sa thèse portant sur les théories de l’information et l’émergence d’un marché de l’information sur Internet. De retour en Europe, elle a crée en 2003 l’Institut économique Molinari, dont elle assure depuis la direction.
Auteur d’un grand nombre d’articles publiés dans des journaux aussi bien francophones qu’anglophones, elle a publié en 2007 son premier livre aux Éditions JC Lattès intitulé « C’est trop tard pour la terre », puis, en 2014, Trop tard pour la France ? Osons remettre l’État à sa place, aux Éditions Manitoba/Les Belles Lettres.