SONDAGEOn porte aujourd’hui beaucoup d’intérêt et de crédit aux résultats dévoilés par les différents instituts de sondage. En cette période d’élections régionales, il est temps de se demander si ces établissements sont réellement objectifs.

L’institut BVA

Créé par Michel Brulé et Jean-Pierre Ville en 1970, l’institut BVA dispose de huit activités dont BVA Opinion qui vise à réaliser des sondages auprès de la population. Ses actionnaires sont les fonds d’investissement Rothschild et Vincent Bolloré. Notons quand même qu’Emmanuel Macron, aujourd’hui ministre de l’Economie, était auparavant banquier d’affaires chez Rothschild.

L’Ifop

Fondé le 1er décembre 1938 par le sociologue et ancien professeur à la Sorbonne Jean Stoetzel, l’Ifop a connu la censure des années 1939. Aujourd’hui, cet institut est membre du Global Compact, de l’IREP, de l’ADETEM, d’ESOMAR, du SYNTEC mais aussi du MEDEF. Notons que sa vice-présidente, Laurence Parisot, a été Présidente du Mouvement des Entreprises de France de 2005 à 2013, tout en étant présidente de l’Ifop sur la période 1990-2007. Elle est l’actionnaire majoritaire de l’Institut de sondage depuis 1990. Or, Guillaume Sarkozy, frère aîné de l’ex-président Nicolas Sarkozy, a été vice-président du MEDEF de 2000 à 2006. Laurence Parisot a d’ailleurs été invitée aux festivités du Fouquet’s du 6 mai 2007, qui avaient pour but de célébrer la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle. On rappellera que de nombreux convives ont alors été officiellement accusés de conflit d’intérêt par les anti-Sarkozy. On retrouve dans la liste des invités Vincent Bolloré, alors PDG du groupe de communication mondial Havas, mais aussi Martin Bouygues, PDG du groupe éponyme et premier actionnaire de TF1.

Le CSA

L’Institut CSA provient de la fusion en 1999 de deux instituts d’étude indépendants : les sociétés TMO (créée en 1974) et CSA (fondée en 1983). Depuis 2008, c’est Bolloré qui en est l’actionnaire unique. Lui aussi était invité à la petite fête de Nicolas Sarkozy… Depuis Avril, le groupe est présidé par Jean-Christophe Thiery, ancien président de Bolloré Média.

L’Ipsos

Didier Truchot a créé l’Ipsos en 1975 et en est le PDG. Parmi les principaux actionnaires de l’Institut de sondage, on trouve en tête LT Participations avec plus de 26%, le FMR LLC (près de 5%) ou encore la Bank of America (environ 3,5%). La FFP, principale actionnaire du groupe PSA Peugeot Citroën est entrée au capital de la société LT Participations dès la fin 2011 et détenait en fin d’année 2014 10,3% du capital du principal actionnaire de l’Ipsos. Au 24 février 2015, le Conseil d’administration de l’Institut de sondage était constituée notamment de la FFP Invest, représentée par Sébastien Coquard et de la LT Participations, représentée par Pascal Cromback. Jusque là, rien de très interpellant. En revanche, on y trouve aussi Hubert Védrine. Politicien membre du Parti Socialiste, ce dernier a travaillé avec le président François Mitterand. Il a aussi été nommé au Conseil d’Etat et est devenu ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement Jospin. Autre fait à noter : Nicolas Bazire, lui aussi autrefois administrateur d’Ipsos, était quant à lui le conseiller personnel de Nicolas Sarkozy. Proche de l’ancien président, il a d’ailleurs été son témoin lors de son mariage avec Carla Bruni. Enfin, relevons aussi la participation de Pierre Giacometti, ancien patron d’Ipsos, à la petite fête du Fouquet’s…

Sans vouloir insinuer que les différents instituts de sondage sont pervertis par les opinions politiques de leurs actionnaires et des membres de leur conseil d’administration, il convient toutefois de toujours se souvenir des faits exposés dans cet article. Peut-on réellement être neutre en toutes circonstances et mettre de côté ses opinions politiques ? Rien n’est moins sûr…

A.G