Pourquoi les médias relayant les autorités et les chefs d’Etat européens nous assènent-ils donc que le défaut de paiement de la Grèce serait la pire des solutions ? Analyser cette posture et répondre à cette question est de la plus grande importance politique.

Le premier argument pour s’opposer au défaut de paiement serait une réaction systémique sur le système bancaire. Rien n’est moins sûr. La comparaison avec la chute de Lehman Brothers ne semble pas pertinente. En effet, le marché interbancaire s’est « évaporé » en 2007 non à raison de la faillite elle-même de cet établissement financier, mais parce que personne ne savait où se trouvaient les risques d’insolvabilité dans le système bancaire. L’affaire grecque est très différente car les porteurs de la dette sont parfaitement identifiés et en tout état de cause les sommes en jeu – bien que considérables – absorbables par les prêteurs.

Le second argument serait que les marchés risquent de s’attaquer à d’autres pays européens si le défaut de paiement de la Grèce est constaté. Cet argument est irrecevable sachant que les marchés ont déjà intégré le risque de défaut de paiement de ces pays.

Le troisième argument est celui d’une fin de l’euro, le défaut de paiement de la Grèce entraînant sa sortie de l’euro.

 

Monnaie, euros

(Sipa)

 

Cette logique agitée comme un épouvantail ne repose sur aucune obligation légale. La meilleure preuve en est qu’aucune disposition des Traités européens n’oblige les Etats signataires à se porter au secours d’un membre défaillant ou à être garant de ses dettes.

Pourquoi alors refuser à la Grèce le défaut de paiement ? Plusieurs hypothèses sont possibles.

La première est que les décideurs européens sont manipulés par les grands créanciers privés. La gestion de la crise de 2007 montre que cette hypothèse n’a rien d’impossible.

 

La deuxième hypothèse est qu’un sauvetage institutionnel a pour corollaire la mise en place de nouvelles structures politiques et bureaucratiques au plus grand bénéfice de la technostructure.

 

La troisième hypothèse est qu’un défaut de paiement mettrait immédiatement les responsables politiques devant la seule question qu’ils veulent éviter de voir posée par les citoyens européens, à savoir la construction européenne en sa forme actuelle est-elle viable à long terme ?