Nous devons être attentifs aux dérives potentielles de certains progrès
scientifiques, comme le transhumanisme

Mes Sœurs et mes Frères, aucune paix n’est définitive, aucune démocratie n’est pérenne dans
le monde actuel.

 Le danger n’est plus sur d’autres continents lointains, mais à côté de chez
nous, en Pologne, en Hongrie, en Turquie et maintenant en Italie. Mais les partis extrémistes de
droite et de gauche sont présents dans de nombreux autres pays, dont le nôtre, et les
prochaines élections européennes seront celles de tous les dangers pour la survie de nos
institutions communes.
Les Francs-Maçons devront être présents et actifs lors de ces élections qui, malheureusement,
passionnent peu nos compatriotes. J’appelle les loges à travailler sur le devenir des
démocraties en Europe et à inviter à la mobilisation autour de ces élections pour barrer la route
aux extrémistes de tous bords.
Sur le plan national, de nombreux sujets de société restent d’actualité et nécessitent un
engagement vigilant des Francs-Maçons, que ce soit pour la G.P.A., pour l’euthanasie, pour les
luttes des organisations L.G.B.T., contre le racisme, l’antisémitisme ou toutes formes de
ségrégations abjectes. Nous devons être attentifs aux dérives potentielles de certains progrès
scientifiques, comme le transhumanisme, sujet cher à notre passé Grand Maître
Christophe Habas, qui a su par ses mots et son sens inné de la pédagogie nous familiariser
avec ce sujet très complexe, loin des préoccupations habituelles des Francs-Maçons.
Je salue ici les travaux des commissions nationales, celle de la laïcité, celle de santé publique
et de bioéthique, celle de réflexion sur le développement durable, et les petites dernières qui
vont monter en puissance, la commission nationale sur le numérique et la commission nationale
d’étude pour la mise en œuvre d’un revenu universel inconditionnel.
Ces commissions travaillent beaucoup et certains de leurs travaux sont remarquables et ils
servent au rayonnement de notre Obédience. Chacune est suivie par un Conseiller de l’Ordre
référent, qui participe à leurs travaux et en rend compte devant le Conseil. Je souhaite aller plus
loin, en favorisant une meilleure coordination entre ces commissions nationales, qui travaillent
souvent sur des sujets transversaux où plusieurs d’entre elles pourraient apporter leur
contribution. J’ai décidé de charger un Grand Officier de la coordination des commissions
nationales, tout en respectant l’indépendance de celles-ci, de façon à créer un espace de
dialogue qui permettra, je l’espère, d’optimiser leurs travaux.
Dans ce contexte national et international, quels sont les grands enjeux pour le Grand Orient de
France ?

Le premier enjeu est celui de la laïcité et de la République.
Le Grand Orient de France doit continuer à être le référent de la défense de la laïcité et des
valeurs de la République. La laïcité, celle de la loi du 9 décembre 1905, est attaquée de toutes
parts, tant par les partis d’extrême-droite qui vont jusqu’à tenter de la récupérer pour mieux la
manipuler et la contourner, que par les mouvements islamistes radicaux ou certains partis
d’extrême-gauche qui cherchent à la dénaturer en inventant des concepts de laïcité plurielle ou
de laïcité apaisée.
Quant à ceux qui nous dirigent et qui tendent la main aux responsables religieux, nous ne
savons pas quelles sont leurs intentions mais nous resterons extrêmement vigilants.
Néanmoins, comme le disait notre Grand Maître Philippe FOUSSIER dans son discours du 1er
mai dernier devant le mur des Fédérés, la confusion entre le spirituel et le temporel est
dangereuse et il appartient aux pouvoirs publics de garantir le caractère indivisible, laïque,
démocratique et social de notre République.
Si ce pacte républicain venait à être rompu, les Francs-Maçons du Grand Orient de France
seraient toujours les premiers à en exiger le rétablissement.
J’en profite ici pour saluer le travail des délégués laïcité dans les Loges, des commissions dans
les congrès, de la commission nationale permanente de la laïcité, mais aussi le travail des

autres organisations laïques avec lesquelles nous collaborons, dans le respect de
l’indépendance et de la primauté du Grand Orient de France.
Nous continuerons également le cycle de conférences sur les Chantiers de la République, et
j’aimerais cette année que nous nous penchions sur le devenir de l’école de la République, en
faisant de la journée Jean Zay en 2019 un évènement national, décliné dans toutes nos
régions. Un Grand Officier sera en charge de ce sujet pour lequel j’espère la collaboration
active des Loges et des Congrès régionaux.

Le deuxième grand enjeu, c’est une question sur laquelle je vous propose de réfléchir cette
année dans vos loges : quel est le sens de l’engagement maçonnique au XXIème siècle ?
La Franc-Maçonnerie doit améliorer à la fois l’homme et la société. La première partie relève de
la démarche initiatique. Mais pour la seconde partie, en quoi la Franc-Maçonnerie travaille-t-elle
à l’amélioration de la société ? Et pour être un peu provocateur, j’ajouterai : et souhaite-t-elle
encore le faire ?
Cette question simple du sens de notre engagement maçonnique, j’ai été amené à l’évoquer à
de nombreuses reprises lors de planches ou de conférences, et j’ai constaté qu’il y avait un réel
intérêt des Frères et des Sœurs à vouloir réfléchir et s’exprimer sur ce sujet.
Je vous propose donc ce thème de réflexion pour la prochaine année maçonnique mais,
contrairement aux questions à l’étude des Loges, je ne suis pas favorable à ce que des
résumés intermédiaires soient effectués. Ils feront perdre en qualité et en substance vos
travaux. Nous réaliserons un recueil de vos planches, l’idéal étant de pouvoir le diffuser avant la
prochaine Conférence des Congrès régionaux.
Le troisième grand enjeu sera celui de notre politique internationale.
J’ai évoqué dans mon préambule la situation internationale instable dans laquelle nous vivons.
Sur le plan maçonnique, cela s’est traduit par l’annulation des REHFRAM de Dakar, due
principalement aux forces obscurantistes musulmanes, qui craignent l’esprit de liberté que la
Franc-Maçonnerie libérale fait souffler sur le continent africain. J’en profite pour saluer nos
Frères musulmans qui nous accompagnent, ainsi que le rôle essentiel de la Franc-Maçonnerie
en Afrique, pour laquelle le Grand Orient de France sera toujours présent à travers ses Loges et
à travers le soutien qu’il apporte aux Obédiences africaines amies.
J’ai entendu les deux derniers Convents qui ont refusé de voter en faveur du rapport de la
politique internationale présenté par le Conseil de l’Ordre. Comme beaucoup d’entre vous, je
suis gêné du peu de temps de parole accordé à des délégués qui ont souvent fait plusieurs
milliers de kilomètres pour s’exprimer sur ce seul sujet. Il faudrait trouver une solution pour
qu’ils puissent disposer du temps nécessaire pour s’exprimer, dans le respect des règles de
fonctionnement du Convent.

La politique internationale du Grand Orient de France représente une part non-négligeable du
budget de fonctionnement du Conseil de l’Ordre. Mais cette politique me paraît indispensable
pour la première Obédience libérale et adogmatique en Europe et dans le Monde, ainsi que
pour la diffusion de nos valeurs universalistes et humanistes.
Je pense que sur ce sujet, comme pour d’autres d’ailleurs sur lesquels je reviendrai
ultérieurement, nos Loges sont insuffisamment informées. C’est la raison pour laquelle j’ai
décidé de demander au prochain Conseil de l’Ordre de rédiger un livre blanc sur notre politique
internationale, dans lequel nous vous donnerons un maximum d’informations sur le Grand
Orient de France et le paysage maçonnique européen et mondial, ainsi que sur les différentes
organisations existantes comme le CLIPSAS ou l’AME, afin de pouvoir appréhender les
différents enjeux.
Dans ce livre blanc, nous poserons quelques questions afin de connaitre l’orientation que vous
souhaitez donner à notre politique internationale. Ce livre blanc sera étudié dans les loges qui
le souhaitent, et chacun pourra y apporter des contributions. Je souhaite que le prochain
Convent mette ce point à l’ordre du jour et, qu’après un vote, ce livre blanc devienne la feuille
de route du Conseil de l’Ordre pour la politique internationale, feuille de route qui demeurera
valable jusqu’à ce qu’un Convent ultérieur la modifie

Le quatrième grand enjeu est celui de notre organisation et du fonctionnement du Grand Orient
de France.

J’ai entendu la volonté d’émancipation du législatif, à travers une demande de communication
régulière avec les représentants des Congrès régionaux. Si ce dialogue est constructif et n’a
pas pour but de créer de nouveaux cercles de pouvoirs non prévus par notre Règlement
Général, j’y suis favorable, à condition de conserver et de respecter nos institutions et de ne
pas dériver vers un système provincial comme cela existe dans d’autres Obédiences. Ainsi, je
demanderai à un Grand Officier de prendre en charge le dialogue permanent avec le Bureau
du Convent et les représentants des Congrès régionaux, et ceci dans le seul but de faciliter les
échanges et de permettre un meilleur fonctionnement du pouvoir législatif.
Je souhaite également que nous réfléchissions à notre mode de fonctionnement, car depuis
plus de 10 ans, la courbe d’évolution du nombre de Loges dépasse très nettement la courbe
d’évolution de nos effectifs. Pour dire les choses comme je les pense, on crée plus souvent des
postes de délégués au Congrès et au Convent ainsi que des cordons de Vénérables Maîtres
que de véritables Loges. Il me paraît donc indispensable de mettre en place un moratoire sur la
création de nouvelles Loges, en privilégiant les déserts maçonniques, les petits Orients dotés
d’une seule loge souvent masculine pour offrir un choix de mixité, et les créations de Loges à
l’étranger. Si nous continuons l’évolution actuelle, nous aurons 1600 Loges dans 5 ans, et le
Convent, déjà difficile à organiser avec un peu plus de 1330 Loges, deviendra totalement
ingérable.

Concernant notre organisation, je voudrais revenir un instant sur le sujet qui a perturbé l’année
maçonnique qui vient de se terminer, à savoir le vote des 2 Conseillers de l’Ordre
supplémentaires par le dernier Convent, et l’attribution de ces sièges par le Conseil de l’Ordre.
Je tiens à le dire ici devant vous : les 3 régions candidates méritaient un siège supplémentaire.
Malheureusement, nous n’en avions que 2 à attribuer, et il ne nous a pas été possible de
modifier la répartition des 35 autres sièges. Un vœu vous a été proposé hier et il n’a pas été
voté, mais j’ai entendu l’Orateur et le Président du Convent, et le Conseil de l’Ordre présentera
une nouvelle proposition de règlement spécial, conforme à l’article 100 du Règlement Général,
pour le prochain Convent.
Le cinquième grand enjeu est celui de la solidarité.
Le rôle du Conseil de l’Ordre est de soutenir les actions de l’I\ N\ S\ M\, en trouvant les
solutions budgétaires qui s’imposent malgré l’inflation du nombre de dossiers. C’est notre
responsabilité
vis-à-vis des Frères et des Sœurs en grande difficulté.

L’autre volet de la solidarité concerne notre Fondation. J’ai la volonté de mettre toutes les
énergies disponibles pour aider à relancer notre Fondation, qui est dans l’attente d’un nouveau
souffle. Je demanderai aux Conseillers de l’Ordre délégués régionaux d’intervenir dans leurs
congrès pour parler de la Fondation, expliquer son utilité et ses objectifs, car je pense qu’elle
est mal connue de nos Frères et Sœurs.
La solidarité doit aussi s’exprimer au-delà de nos Temples, ce qui me permet de revenir sur le
sujet des réfugiés et des migrants. Bien évidemment, nous continuerons le travail entrepris
cette année sur ce thème, que nous élargirons à la problématique des mineurs nonaccompagnés,
sujet sur lequel le congrès de Paris 1 a rédigé un livre blanc, mais aussi sur les
perspectives des migrations climatiques et démographiques, en liaison avec les travaux de la
C\ N\ R\ D\ D\.

Le sixième enjeu est celui de la Culture, à travers notre Musée national, notre bibliothèque,
mais aussi les expositions et les manifestations d’extériorisation.
La culture est un magnifique outil de transmission de la mémoire maçonnique, et notre
responsabilité est de donner à nos loges et aux organismes associés les moyens d’une
véritable politique culturelle, qui participe au rayonnement de notre Obédience.
Je profite de cet enjeu pour adresser une message à nos Loges d’Outre-Mer, et plus
particulièrement à celles des Antilles et de Guyane, et aussi de la Réunion et de Nouvelle-

Calédonie : votre culture maçonnique est riche, ancienne , mais mal connue des continentaux.
Profitons de nos outils culturels pour mieux la faire connaître, car votre éloignement est une
richesse qu’il faut faire partager.
Je souhaite également évoquer les Utopiales maçonniques, créées par notre ancien Grand
Maître Daniel Keller, dont je salue le travail d’extériorisation de l’Obédience pendant son
mandat, qui ont connu un très grand succès l’année dernière. Elles seront bien évidemment
reconduites et resteront décentralisées. Par contre, pour laisser le temps aux Loges de
s’organiser, nous les avons déplacées après les vacances de printemps. Elles auront lieu les 11
et 12 mai 2019, et le thème sera l’Universalisme. La fête de la Fraternité, initiée par notre
précédent Grand Maître, sera également renouvelée.

Le septième enjeu, qui sera le dernier pour respecter symboliquement les 7 points de la
maîtrise, est celui du recrutement et, au-delà, du renouvellement et de la transmission.
Nous constatons que, depuis plusieurs années, nous attirons de plus en plus de jeunes, voire
même de trop jeunes qui pensent parfois que la Franc-Maçonnerie leur permettra de mieux
réussir leurs études ! Plus sérieusement, à travers notre positionnement sur les réseaux
sociaux, à travers le dynamisme du pôle Jeunesse, l’image du Grand Orient de France a été
rajeunie. Nous devons profiter de ce travail pour attirer une population plus jeune, sans pour
autant faire du jeunisme ni renier nos valeurs.
Nous ne devons pas non plus faire du nombre. Lorsque j’évoquais les créations de certaines
Loges sans autre projet que celui de créer des cordons, nous assistons à des recrutements trop
rapides pour remplir les colonnes, avec des initiés qui n’atteindront jamais la maîtrise.
N’oublions pas le rôle fondamental de l’initiation et le travail des Surveillants de Loges. Avant
d’accueillir de nouveaux Frères ou de nouvelles Sœurs, assurons-nous d’abord que nos
Maîtres soient bien formés.

Pour conclure, je souhaite que ma Grande Maîtrise s’inscrive dans la continuité des travaux de
mes prédécesseurs. Le projet que je vous ai présenté est ambitieux, et il est porté par une
équipe solidaire et volontaire. Le Grand Maître représente le Grand Orient de France, mais il y a
36 autres Conseillers de l’Ordre qui travaillent à ses côtés. Je souhaite mieux valoriser ceux-ci
et que la lumière ne porte pas seulement sur le premier d’entre nous. Je demanderai aux trois
Grands Maîtres adjoints d’exercer pleinement leur rôle de représentation. J’attends des Grands
Officiers qu’ils s’expriment sur les sujets dont ils ont la charge. Ma vision du travail est
collégiale, ne concentrons pas toute la communication sur une seule personne.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, l’important n’est pas d’être élu, mais c’est ce que nous
laisserons à l’issue de notre mandat pour l’Obédience et pour nos successeurs.
En tant que Président du Conseil de l’Ordre et Grand Maître installé, j’entends être le Grand
Maître de l’ensemble des Frères et des Sœurs du Grand Orient de France. Le temps et
l’énergie de chacun d’entre nous, des Loges, des Congrès, du Convent, des instances, du
Conseil de l’Ordre, sont comptés. Il ne doit pas y avoir de place en notre sein pour des
querelles intestines, alors que tout notre temps et toute notre énergie doivent être consacrés à
promouvoir nos valeurs dans le monde qui nous entoure et qui en a tant besoin.

 

Le Grand Orient de France est la principale Obédience libérale maçonnique au monde, soyons
dignes d’en être membres, soyons fiers de le représenter.
Ensemble, avec vous toutes et vous tous, nous continuerons de porter haut et fort les valeurs
du Grand Orient de France !
J’ai dit, Très Respectable Frère Président