Nous vivons une révolution sociétale, dans laquelle la technologie est en train de remodeler le monde. Celle-ci transforme notre façon de travailler, mais transformera surtout notre façon d’apprendre et nous obligera à nous former tout au long de la vie. Cependant ce bouleversement n’est pas sans poser de questions et les transformations induites par le numérique peuvent être déstabilisantes. L’école en constitue un exemple marquant.

Le numérique bouscule l’école, ses certitudes, son organisation, ses instruments et il est clair que la diffusion traditionnellement verticale du savoir mais aussi de l’apprentissage va être redéfinie. Comment les méthodes d’enseignement s’adapteront dès lors à cette révolution déjà enclenchée ? Dans quelle mesure les transformations induites par les innovations redéfiniront notre façon d’apprendre ? Face à ces questions lancinantes se tient néanmoins une réelle évidence : la pérennité de l’enseignement qui est ou fut la nôtre repose sur la capacité des politiciens, chercheurs, philosophes et enseignants à répondre et agir face à ces enjeux. A vrai dire, l’enjeu fondamental du XXIe siècle consiste à repenser une nouvelle pédagogie, alliant à la fois une transmission horizontale et verticale.

Il convient de constater tout d’abord que l’ensemble de la population dispose de connaissances minimales en humanités numériques pour devenir des consommateurs et acteurs responsables. C’est dès le plus jeune âge que les actions et investissements dans l’éducation s’avèrent le plus efficace : les futurs entrepreneurs et entreprenants de l’écosystème de demain doivent être plus agiles quant à la culture numérique. Il s’agit ici de leur donner les outils pour utiliser ces technologies mais surtout de les responsabiliser quant à leur dimension démiurgique. Mais la formation doit ainsi se percevoir sur le long terme, compte tenu des ruptures à venir dans les technologies de l’information. Les individus doivent être conscient qu’ils devront réapprendre à apprendre, développer des capacités d’apprentissage, d’adaptation, de création, d’inventivité et ce, tout au long de la vie.

Face à l’adversité du rien est acquis, le recrutement est ressenti comme la première des difficultés par les entreprises. Les rapports et études prospectives à cet égard sont criants : il sera nécessaire de former en masse des personnes ayant les compétences adéquates pour que le pays bénéficie pleinement de la croissance offerte par la révolution numérique.

Il faut donc sonner la mobilisation générale pour que l’enseignement supérieur français, public et privé, soit en capacité de former efficacement les futurs salariés et entrepreneurs de Demain. Enfin, le numérique doit être reconnu à sa juste valeur, c’est-à-dire une filière d’excellence de l’économie française et pour longtemps. S’y engager constitue alors la certitude d’avoir durablement des opportunités économiques.

Former les citoyens dès le plus jeune âge pour les rendre plus responsables et taillés pour s’intégrer pleinement dans cette révolution constitue donc le premier enjeu. Rappelons par ailleurs que la technologie est par essence neutre, et tout dépend de l’usage dont en font les femmes et les hommes. L’Innovation ne se décrète pas mais s’invente au quotidien. Il est de notre devoir de l’appréhender de la meilleure des façons, et cela passe par l’éducation, qui est un des fondements majeurs de la société.

Les tout petits sont les cibles premières à traiter. Réinventer l’Ecole avec des modules pédagogiques adaptés aux changements du Monde, créer des jeux, des rôles, des mises en scènes pour les familiariser au ‘rien est acquis ‘, à l’adversité, à la prise de risque, dédramatiser l’échec en faisant prendre conscience que l’échec est gage de réussite. L’échec ou l’essai, on transforme l’essai en réussite. Remettre de la confiance en soi et envers les autres, créer une société plus apaisée, plus ancrée sur le mérite, sur les talents, aller chercher l’excellence là où elle est, intégrer sans complexe les minorités, les différences culturelles, bref, miser plus sur une société holacratique, peut-être est-ce une des clés pour bâtir (ou rebâtir) une société de confiance et réparée.

Muriel Touaty