» Pour connaitre l’avenir d’un parti il faut se pencher sur sa genèse :
Le Front national s’est construit autour de JMLP dans un contexte où les tensions liées au conflit algérien étaient encore vives et où la France sous Pompidou abordait l’ère post gaulliste. Se fédère alors quelque chose qui ressemble beaucoup aux ligues de cagoulards de l’entre deux guerres, mélange de refus de l’ordre démocratique assaisonné à un nationalisme assez vivement teinté de xénophobie et des relents d’antisémitismes remontant aux héritiers de Drumont. Au départ Le Pen aurait dit «  j’ai trainé l’extrême droite comme un boulet ». En fait c’est trois boulets qu’il a traîné aux chevilles :
          Les nostalgiques de Pétain et  anti gaullistes partisans de l’Algérie française avec une assise psychologique liée à la rancœur des Pieds noirs  prêts à cultiver une sensibilité revancharde
          Ce qui restait d’une extrême droite royaliste qui avait été très influente dans l’entre-deux guerres sous l’égide Charles Maurras avec l’Action française qui a innervé le milieu intellectuel tel Philippe Ariès et a exercé  par la suite une certaine influence avec la NAR de Renouvin
 
          Le monde des catholiques intégristes qui auront connu une embellie autour de Mgr Lefèvre  blessés par les innovations liturgiques
 
Un monde hétéroclite donc, mais fédéré par le talent incontestable de JMLP qui se met d’abord au service de Tixier-Vignancourt. Mais tout ça n’était rien jusqu’en 1984 quand Le Pen s’aperçoit que les flux migratoires commencent à inquiéter les Français. Il axe toutes ses campagnes sur cette thématique de la dénonciation de l’immigration provoquant une crise d’identité profonde : « la France aux Français » accompagnée d’une diabolisation. Parallèlement on est dans une crise de conscience liée à mai 68 avec l’idée de repentance  et de remise en cause des valeurs bourgeoises. Mais le Pen a lu Freud et sait qu’il n’y a pas de désir sans transgression d’où les formules du « détail » ou du « Durafour crématoire ».
Les scores augmentent avec l’introduction de la proportionnelle sous Mitterrand mais les alliances demeurent impossibles sauf exception. En 2002 il arrive au second tour et on crie au retour du fascisme…
Il commence alors à donner à son mouvement une tonalité anti-européenne et décide d’adouber sa fille Marine : elle devient la patronne aux détriments de  Brunon Gollnisch, vieux compagnon de JMLP. Encombrée par le passé de son père, elle lance la dédiabolisation avec les frères Philippot, facilitée par son côté moderne : elle est deux fois divorcée, mère de famille, assez fêtarde…. Elle vise une implantation locale plus large et s’ancre dans le milieu ouvrier : la normalisation développe une thématique économique centrée sur son électorat de base dénonçant les élites.
Mais les plus clairvoyants  des analystes politiques se rendent bien compte que le FN est l’allié objectif  et le plus fidèle du parti socialiste depuis que Mitterrand a donné un marchepied  à Le Pen avec la proportionnelle…..
 Aujourd’hui, une alliance avec la droite dite « républicaine » est possible surtout si Marine Le Pen assouplit ses positions dirigistes d’autant que Philippot, à l’origine de cette tendance étatique, n’a pas réussi à se faire élire à Forbach ; il est fragilisé et donne l’impression qu’il peut être marginalisé. On va  donc voir un débat s’instaurer sur la question de s’allier ou non avec le Front national. Une partie des Républicains (Sens commun, Laurent Wauquiez) est très tentée par cette alliance mais il faut attendre que la fracture au sein des LR soit consommée.
Marine Le Pen est à la croisée des chemins : si elle accepte de cesser le «  ni droite, ni gauche » qui l’isole, elle pourra profiter de la fracture au sein de la droite républicaine. Mais se remettra-t-elle d’une campagne difficile où elle a donné l’image d’une personne qui n’a pas tout à fait le niveau d’autant que son électorat peut finir par se lasser d’un parti qui ne parvient pas franchement à s’implanter dans le paysage politique ? La condition de sa survie réside donc dans sa capacité à trouver des alliances… »