En pleine campagne électorale pour la présidentielle, il est amusant de remettre les promesses des candidats en perspective de ce qu’ils pourront réellement faire, s’ils sont élus et comptent vraiment les mettre en œuvre, toutes choses très hypothétiques. Car en effet, la démocratie est d’autant plus ridicule et hypocrite que les marges de manœuvre des élus ne sont pas celles qu’ils affirment.

Les traités internationaux sont une première source de contraintes qu’on oublie souvent. L’Union européenne est sans doute le cadre qui vient le premier à l’esprit, mais il y en a bien d’autres : la défense et l’OTAN, l’OMC pour le commerce, la FAO en matière agricole, l’OMS pour la santé, etc.

Tous ces traités et organismes posent des contraintes et forment autant d’engagements qui limitent fortement ce qu’un pays comme la France peut imaginer légiférer. L’euro par exemple oblige au fameux 3% maximum de déficit budgétaire quand bien des candidats de gauche rêveraient de faire exploser ce chiffre bien au-delà des 3% – non, je ne dis pas que ce serait une bonne chose.

Une des motivations forte des Britanniques à quitter l’Union européenne avec le Brexit consiste ainsi à se dégager des contraintes politiques et juridiques qui leur imposaient notamment des directives européennes peu à leur goût et de nature à limiter leur performance économique. Premier carcan.

Il y a un second carcan, bien moins visible et connu celui-là : la bureaucratie française. Les élus vont et viennent, mais les hauts fonctionnaires restent et durent. Ce sont très souvent eux qui prennent les véritables décisions que les élus temporaires se contentent d’entériner en les récupérant à leur profit marketing. Un exemple ? Le système Chorus qui opère la comptabilité publique depuis 2011.

Lancé sous le nom de Copernic dans les années 2000, conçu autour de systèmes SAP dans les années 2005 à 2010, projet monstrueux de migration des anciens dinosaures informatiques en un seul mammouth, ce système a coûté et coûte encore une petite fortune au contribuable. Personne n’en parle et personne n’en parlera. Il a été décidé par les fonctionnaires, pour les fonctionnaires.

Et pour revenir aux traités, ce sont bien sûr aussi les bureaucrates qui préparent ces dossiers, qui négocient dans l’ombre et qui donnent les produits de leurs négociations à signer aux élus.

Ainsi, on parle beaucoup des mesures truc et machin des programmes électoraux. On pèse ceci contre cela, et on vote pour le « meilleur » programme. Mais en cette belle démocratie, personne en parle jamais de la multitudes de décisions, initiatives, projets et autres négociations qui pourtant font dans une très large mesure la réalité des programmes d’étatisation de notre société « démocrate ».

Peut-être un jour les libéraux se rendront-ils compte que la seule manière de reprendre un tant soit peu le contrôle démocratique ou pas de nos vies et de nos libertés consiste à suivre le Brexit et de le pousser plus loin en exigeant de décentraliser notre société jacobine au plus prêt de ses citoyens ?

S. Geyres