Jusqu’à maintenant, le Brexit ne semblait pas inquiéter les économistes. Certains péroraient même sur l’absence d’effets notoires sur l’économie britannique. Alors que les bureaux de votes ont ouvert dans tout le Royaume Uni, voilà que les langues se délient et que la réalité semble devoir rattraper le quotidien des électeurs.

Premier constat : la croissance se contracte, elle s’affadit, puisqu’elle ne sera que de 0,2% au premier trimestre contre 0,7% au quatrième trimestre 2016. Un vrai recul dans un contexte européen pourtant plutôt optimiste et porteur dans son ensemble. Le Royaume-Uni devient presque la lanterne rouge des pays du G7, à égalité avec l’Italie et derrière la France. Comme le souligne le Figaro rapportant les commentaires des analystes financiers de l’OCDE, «Cela est en partie dû à l’augmentation des prix». Les services aux entreprises et la finance constituent les deux seuls secteurs où la croissance «continue d’augmenter fortement». De son côté, le Fonds monétaire international est plus confiant, puisqu’en avril dernier, il a relevé sa prévision de croissance pour 2017, à 2%.

Jusqu’ici, la croissance constituait un des arguments majeurs des ardents défenseurs du Brexit. En 2016, la croissance britannique a en effet progressé de 2%, constituant l’une des meilleures performances des pays riches du globe, ajoute le quotidien. Des chiffres qui sont donc contradictoires et parfois un refus de considérer que l’économie anglaise et la grande place financière mondiale pourraient souffrir du Brexit au plus haut point.

Admettons néanmoins que certains signes ne peuvent plus tromper : la livre Sterling reste au plus bas notamment face au dollar, le pouvoir d’achat des habitants du royaume a vraiment baissé et l’inflation poursuit sa hausse. Une conjonction de verdicts qui commence à inquiéter les électeurs britanniques et bien évidemment les investisseurs. Les fusions et acquisitions sont en nette baisse, c’est donc le moteur qui se grippe comme le met en lumière un très bon papier du Figaro : « Le monde des affaires ne semble pas épargné. Selon une étude de l’Université de East Anglia, les fusions-acquisitions auraient diminué de 15 % depuis le référendum sur la sortie de l’UE, soit 60 fusions par mois. «C’est une très mauvaise nouvelle», affirme Peter Ormosi, qui a conduit cette étude. «La très grande majorité des fusions-acquisitions, à moins qu’elles aient un effet négatif sur la compétition, peuvent potentiellement contribuer au bien-être social, par exemple en réduisant le coût des transactions ou en améliorant le rendement des entreprises qui fusionnent». Le Brexit n’est donc plus anodin, il fait chanceler les certitudes d’une économie jusque là robuste et entreprenante. On connait le moral des Britanniques et leur capacité à tout affronter. Mais si Churchill est souvent cité, voilà que Shakespeare s’invite dans le débat.

Christian Moguérou

Sources : Le Figaro Economie, Harvard Business Review, Financial Times, Le Monde, Le Point, Les Echos…