Qu’il s’agisse de la SNCF ou d’Air France, les syndicats se voilent la face et ne veulent pas accepter les handicaps de compétitivité par rapport aux opérateurs étrangers.

Le kilomètre de train roulant en France « sous statut cheminot » a un coût de 80 % supérieur à celui observé en Allemagne,

Le chiffre devrait suffire à clore le débat sur la SNCF : le kilomètre de train roulant en France  » sous statut cheminot  » a un coût de 80 % supérieur à celui observé en Allemagne.

Edouard Philippe s’est contenté de relever que les  » coûts de la SNCF sont supérieurs de 30 % à ceux des autres opérateurs en Europe « . Pourtant, ce sont bien des années de déni face à ce handicap persistant qui ont fait grimper la dette ferroviaire de 20 à 45 milliards d’euros.

Avant d’être nommé PDG d’Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac dirigeait Transdev. Il sait donc ce qu’est le retard français de compétitivité dans les transports. De son bureau, à Roissy, il a sous les yeux les avions de ses concurrents qui ont des performances largement plus brillantes que les siennes : quand Air France sort en 2017 les  » meilleurs résultats depuis dix ans « , sa marge opérationnelle ne dépasse pas 4 % ; la même année, celle de Lufthansa et de KLM ressort à 9 %, et celle de British Airways à 12 %. Raison pour laquelle Janaillac s’est opposé à la revendication d’une augmentation des salaires de 6 % présentée par les dix syndicats qui ont appelé à la grève le 22 février. Le mouvement, qui n’a empêché de décoller qu’un quart des avions, n’a pas essaimé, sans doute parce que le personnel d’Air France a admis la réalité : la masse salariale du transporteur français va bien progresser de 6,5 % en 2018, sous l’effet conjoint d’une augmentation générale de 1 %, de mesures individuelles, des augmentations automatiques à l’ancienneté, et d’un accord d’intéressement…

Ainsi va la France, où les syndicats, particulièrement dans les transports où leur capacité de blocage est la plus forte, se voilent la face. En s’attaquant au statut des cheminots (dont les rémunérations progressent de 2,5 % par an avant même que la moindre négociation salariale ait commencé), Emmanuel Macron a compris qu’il avait là un levier : montrer spectaculairement que le pays peut changer sur une réforme simple à comprendre, qu’aucun de ces prédécesseurs n’a eu le courage de tenter, et qui a le soutien de 69 % des Français . Le terrain choisi par le Chef de l’Etat n’est pas contestable – la SNCF et ses archaïsmes – mais il est miné, avec quatre syndicats déterminés qui l’attendent l’arme au pied.

V Beaufils.