Les Etats du Moyen-Orient se sont tous appropriés le domaine cybernétique et l’ont tous placé au coeur de leur réflexion stratégique. Les Israéliens, qui s’intéressent à ce sujet depuis de nombreuses années, font clairement office de leader régional de par leur niveau technique, leurs connaissances et leurs compétences. Ils mènent une « stratégie institutionnelle » dans le sens où l’ensemble de leurs efforts en matière défensive et offensive reposent sur des institutions étatiques : l’INCB dépend du premier ministre, le ministère de la Défense a aussi son administration centrale en charge du cyber sans compter les unités militaires rattachées directement au commandement de Tsahal.

Si l’impulsion vient de l’Etat aussi en Iran et en Syrie, ces deux pays ont toutefois fait le choix d’une « stratégie asymétrique » dans le domaine offensif c’est-à-dire qu’ils apportent leur soutien à des organisations non-étatiques qui agissent dans le cyberespace en fonction de leurs intérêts. Quant aux Etats de la péninsule arabique, leur stratégie est structurée essentiellement autour de CERTs dont la responsabilité première est d’assurer la protection de leurs systèmes d’information et de leurs infrastructures critiques. L’ouverture à Oman d’un centre aux compétences régionales est de ce point de vue intéressant car il traduit la volonté des pays de la péninsule de s’associer malgré les éventuelles tensions politiques qui peuvent exister entre certains d’entre eux. Enfin, la Turquie, qui s’est détournée de l’Europe pour recentrer sa diplomatie vers l’orient, n’a pas opéré le même virage dans le domaine du cyber. Pour le moment, le gouvernement turc privilégie les partenariats avec l’OTAN et semble se tourner vers ses nombreuses ressources, comme le Centre d’excellence de Tallinn88.

Le virus supposé d’origine koweitienne se nomme Backdoor.L.V. Il récoltait des informations sur les utilisateurs des machines infectées (mots de passe, sites Internet consultés, fréquence d’utilisation de la webcam par exemple).

En dehors de la Turquie, trois espaces stratégiques se dessinent donc au Moyen-Orient qui sont d’ailleurs trois espaces en opposition. Néanmoins, les rivalités entre Israël et la péninsule arabique sont minimes dans le domaine cybernétique. Si des hackers israéliens et arabes s’affrontent régulièrement, les Etats, eux, ne sont effectivement pas en opposition et restent même très prudents. Le gouvernement israélien n’a ainsi pas réagi lorsque la compagnie américaine de sécurité informatique, FireEye, a annoncé en décembre 2012 avoir repéré un malware qui transférait des données d’Israël vers le Koweït, alors qu’en janvier 2012, au moment où des hackers arabes et israéliens s’affrontaient par piratages interposés, les autorités israéliennes avaient annoncé qu’elles se réservaient le droit de riposter à ce type d’attaques par tous les moyens à leur disposition, dans le cyberespace et en dehors89.

Il faut dire qu’Israël et les pays de la péninsule arabique ont le même allié dans le domaine cybernétique : les Etats-Unis. Le Qatar, l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis sont effectivement très demandeurs d’outils spécialisés en sécurité informatique qu’ils se procurent principalement auprès d’entreprises américaines. Celles-ci ne sont toutefois pas les seules à s’impliquer auprès de ces Etats. Le gouvernement américain aussi assure une présence dans ces territoires comme l’illustrel’accord signé le 18 janvier 2013 entre le ministre de l’Intérieur saoudien, le prince Mohammed Ben