Depuis que l’ancien Premier ministre du Royaume-Uni a décidé de renégocier les termes du contrat d’appartenance à l’Union européenne, les britanniques se sont systématiquement cassés les dents sur le front uni qu’ont constitué les européens. Non seulement David Cameron n’est jamais parvenu à obtenir un droit de veto sur les décisions concernant la zone euro comme il le souhaitait mais, depuis le vote en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les européens ont imposé leur calendrier et leurs exigences. Tout d’abord, ils ont poussé Theresa May, l’actuel Premier ministre du Royaume-Uni, à déclencher l’ouverture des négociations en mars 2017. Ensuite, le négociateur en chef pour les 27 autres Etats-membres de l’Union européenne, Michel Barnier, est parvenu à exiger des discussions préalables à la négociation des accords commerciaux sur les conditions de sortie du Royaume-Uni.

Trois grandes conditions

Ces conditions sont au nombre de trois: la garantie du droit des citoyens européens résidant au Royaume-Uni, le solde des comptes et des engagements financiers et la redéfinition des frontières de l’Union européenne notamment irlandaises. Parallèlement, les représentants de l’Eurosystème et des Etats membres de la zone euro ont lancé l’offensive sur la question de la localisation des chambres de compensation, indispensables aux transactions financières entre institutions. En effet, il n’était pas nécessaire d’attendre l’ouverture formelle des négociations pour franchir une étape supplémentaire dans la consolidation de l’architecture financière de la zone euro.

L’enjeu financier est tel, pour les britanniques, qu’après avoir expliqué que l’implantation des chambres de compensation n’était pas du tout un sujet important ni un enjeu, les lobbys londoniens ont multiplié la publication de chiffres dénonçant le coût élevé d’une relocalisation des chambres de compensation et insisté sur les dysfonctionnements qu’elle engendrerait.

Du point de vue macro-économique, comme je l’avais démontré dans une étude réalisée en avril 2016, la localisation des chambres de compensation en zone euro permettrait à la Banque Centrale Européenne d’avoir une meilleure connaissance des systèmes de paiement en euros et de pouvoir intervenir rapidement en cas de crise de liquidité. L’Eurosystème éviterait ainsi des appels de marge disproportionnés au regard du risque, comme ceux imposés par la place londonienne lors de la crise de la zone euro.

Ainsi, une relocalisation des chambres de compensation qui traitent des montants importants en euros consoliderait encore un peu la monnaie unique et améliorerait la transmission de la politique monétaire au sein de la zone euro. La Commission européenne vient d’ailleurs de proposer que les chambres «super-systémiques» qui traitent en euros soient implantées en zone euro et que celles qualifiées de «systémiques» soient sous la double tutelle de la Banque centrale européenne et de la Banque d’Angleterre.

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