La Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) dénonce une concurrence déloyale dans un secteur en crise et mise sur la rénovation énergétique pour une reprise de l’activité.

Que pensez-vous de la réduction de la TVA à 5 % sur la construction de logements sociaux annoncée par le gouvernement pour aider le secteur de la construction et du bâtiment ?

C’est une bonne chose, cependant les enjeux pour les entreprises artisanales dont la moitié ne représentent qu’une personne sont ceux de la rénovation du bâtiment existant. Ce sont surtout des enjeux énergétiques et l’on demande aussi une baisse de la TVA du même ordre dans ce secteur.

Quel impact peut avoir la subvention de 1 350 euros accordée aux ménages moyens pour les travaux de rénovation thermique ?

 

C’est un impact positif car cela concerne les ménages dans la précarité énergétique, or la région Languedoc-Roussillon compte 60 % de logements dans cette situation.

Que pensez-vous du moratoire de deux ans sur les nouvelles normes ?

Cela fait des années que nous disons que nous en avons assez de tous ces empilements de textes qui souvent se contredisent entre eux. Nous espérons que cette annonce se concrétise par des faits. On parle de compétitivité : que l’on nous enlève les 45 minutes passées à remplir des papiers annexes, sur une heure de travail et l’on sera plus compétitifs ! A chaque fois que l’on fait un dossier pour un marché public, on doit toujours donner les mêmes pièces.

Quels problèmes se posent aux petites entreprises du bâtiment ?

Un problème crucial se pose pour notre secteur, celui des délais de paiement. Les choses s’améliorent au regard des collectivités mais ce n’est pas le cas pour les particuliers. Ces délais sont inacceptables, ils sont en moyenne entre 45 et 60 jours et mettent en péril les entreprises, surtout en période de crise. Il faudrait une loi et des décrets d’application qui imposent un délai raisonnable de quinze jours que l’on ne peut dépasser. On constate des pertes d’emploi et de sérieux dévissages dans le registre des métiers : le départ de chefs d’entreprise qui cessent leur activité alors que le statut d’auto-entrepreneur prospère. C’est une concurrence déloyale, tout comme les entreprises low cost. Au milieu, nous, qui cotisons à toutes les caisses, nous trinquons.

Quel est ce phénomène low cost ?

Sur les chantiers on trouve de la main d’œuvre qui vient d’un certain nombre de pays dont l’Espagne, ou la Roumanie qui est à 2,50 euros de l’heure alors que nous sommes à 25 ou 30 euros. J’ai eu connaissance de la réalisation d’une villa de 80 m2 par un artisan italien pour 70 000 euros.

Quelle est l’évolution de l’activité du secteur du bâtiment dans la région ?

 

On constate sur le 4e trimestre 2012 une baisse de l’activité des entreprises artisanales de 2,5 % au plan national et de 4,5 % sur le Languedoc-Roussillon, ce qui représente la plus forte chute pour une région qui compte environ 29 000 entreprises. Elles avaient auparavant un retard sur leurs chantiers puis elles ont puisé dans leur trésorerie, enfin dans leur capital personnel. Certaines entreprises sont arrivées au bout en 2012 et n’ont plus d’autre choix que de mettre au chômage leur personnel.

Quelles sont les solutions d’une reprise ?

Il faudrait que le premier pays que nous sommes en matière d’épargne personnelle réinvestisse pour l’emploi et l’avenir. Quand on épargne sur un livret, l’argent est rémunéré à un taux d’environ 2 %, mais c’est une économie de 25 % que l’on réalise lorsque l’on investit dans sa maison dans les économies d’énergie. La balle est dans le camp des consommateurs aujourd’hui. Le monde artisanal dépend de la commande publique, mais surtout privée, qui correspond à 80 % de notre chiffre d’affaires. Dans les 40 ans qui viennent les enjeux énergétiques sont évalués à 600 000 milliards de chiffre d’affaires.

Propos recueillis par Agnès Taupin