Dans un rapport trimestriel , rendu publique le 24 septembre 2018, la Banque des règlements internationaux tire la sonnette d’alarme sur les mouvements des marchés

Les économies de marché émergentes (EME) ont subi des pressions ces derniers mois, les rendement obligataires augmentant et les monnaies locales se dépréciant. Les prix des actifs des EME ont pâti de la vigueur du dollar, des tensions commerciales et des signes d’un ralentissement en Chine. L’impact a varié selon les pays ; certains d’entre eux ont fait face à des crises. La contagion a néanmoins été limitée.

Les marchés des économies avancées ont eux aussi divergé, l’Europe et les États-Unis se trouvant dans des situations différentes à la fois au plan macroéconomique et en ce qui concerne le rythme de normalisation de leurs politiques monétaires. La relance budgétaire américaine a soutenu les attentes d’une plus forte croissance économique mais, assurément aussi, d’une hausse des rendements obligataires.

Claudio Borio, Chef du Département monétaire et économique, a indiqué que de nouvelles turbulences se produiraient probablement à un moment donné car les marchés des économies avancées affichent des valorisations excessives, les conditions financières sont trop souples et la dette, à l’échelle mondiale, est trop élevée.

« Les taux d’intérêt demeurant inhabituellement faibles et les bilans des banques, enflés comme jamais, il reste peu de traitements à disposition pour aider le patient à se rétablir, ou le soigner s’il rechute », a déclaré M. Borio.

L’édition de septembre 2018 du Rapport trimestriel de la BRI :

  • montre que l’émission de titres de créance internationaux dépasse à présent les prêts bancaires en tant que principal moteur du crédit international aux entreprises, aux ménages et aux gouvernements. La part du crédit international libellée en dollar américain a encore augmenté depuis la crise financière, notamment dans les EME, ce qui accroît les effets de contagion potentiels des changements de conditions monétaires aux États-Unis.
  • analyse les raisons du bond du financement bancaire à destination des emprunteurs très endettés ou hors catégorie investment grade. Elles incluent la forte demande des investisseurs, un redressement de la titrisation et une modification de l’approche réglementaire aux États-Unis. Cette croissance rapide peut toutefois créer des fragilités.
  • prend l’exemple des statistiques bancaires de la BRI sur la Turquie pour montrer comment analyser les expositions des banques au risque-pays. Fin mars 2018, l’encours des prêts, détentions de titres et autres créances des banques étrangères envers des résidents de la Turquie atteignait 223 milliards de dollars. Cependant, la taille absolue des expositions pourrait ne pas être l’indicateur le plus pertinent. Les analystes pourraient, par exemple, devoir comparer les expositions avec la taille des fonds propres. Les chiffres bruts devraient également être vus dans le contexte des modèles opérationnels des banques, de leur santé financière, de leur pratiques comptables et de consolidation, ainsi que des transferts de risques.

Quatre études analysent les évolutions récentes des marchés et de l’économie : 

  • Raphael Auer et Stijn Claessens (BRI)* examinent comment les cryptomonnaies réagissent aux actualités concernant les mesures susceptibles d’être prises par les autorités réglementaires. Les marchés sont particulièrement sensibles aux nouvelles portant sur le statut juridique des cryptomonnaies, par exemple l’évocation d’une interdiction (réaction négative des marchés) ou l’établissement d’un cadre juridique (réaction positive). Il ressort de cette analyse que la réglementation pourrait effectivement avoir un impact.
    « Cette étude suggère que, loin d’être hors de la portée des autorités nationales du fait de leur nature transfrontière, les cryptomonnaies peuvent faire l’objet d’interventions efficaces de la part des juridictions nationales », a souligné Hyun Song Shin, Conseiller économique et Chef de la recherche.
    « Une coordination mondiale des politiques publiques en la matière serait assurément plus fructueuse, mais l’absence d’une telle coordination ne doit pas être un frein à une intervention efficace ».
  • Stijn Claessens, Grant Turner, Feng Zhu (BRI)* et Jon Frost (CSF)* observent que l’activité de crédit fintech est plus importante dans les pays à haut revenu, dont le système bancaire est peu compétitif et où la réglementation bancaire est peu stricte. Le crédit fintech constitue une source de financement alternative pour les entreprises et les ménages, et pourrait améliorer l’accès au crédit de certains segments mal desservis. Assurer une protection adéquate des consommateurs et des investisseurs constitue toutefois un grand défi pour les autorités réglementaires.
  • Ryan Banerjee et Boris Hofmann (BRI)* montrent que les entreprises « zombies » (qui paraissent insolvables mais restent en activité) ont vu leur nombre augmenter depuis la fin des années 1980, ce qui pourrait être lié à la tendance à la baisse des taux d’intérêt sur la même période. Les entreprises zombies pèsent sur la croissance économique parce qu’elles sont moins productives et détournent l’investissement et l’emploi d’entreprises plus performantes.
  • Benjamin Cohen, Peter Hördahl et Dora Xia (BRI)* s’intéressent aux modalités d’estimation de la prime de terme intégrée par les rendements obligataires, c’est-à-dire la prime de risque demandée par les investisseurs. Les facteurs potentiels incluent les incertitudes, les achats par le secteur officiel, le cycle économique et la réglementation. Les primes de terme ont été faibles ces dernières années aux États-Unis et dans la zone euro, ce qui a contribué à aplatir la courbe des rendements.