Quitter le marché unique pour une union douanière, telle est l’issue prévue dans l’accord négocié pour le Brexit. Tout ça pour ça, disent les Britanniques.

 

C’était la quadrature du cercle : sortir complètement de l’Union européenne sans qu’il n’y ait de frontière visible entre les deux Irlande et donc le retour d’un contrôle à ces frontières. L’Irlande du Nord a longtemps été l’objet d’âpres débats entre Britanniques et Européens : il y est politiquement et historiquement impossible de reconstruire une frontière, ce qui pose forcément un problème au niveau de la circulation des personnes et des biens si le Royaume-Uni sort de l’ensemble économique européen. Il a donc fallu que Theresa May fasse l’énorme concession d’accepter que le Royaume-Uni, tout entier, conserve sa place dans l’union douanière.

Si l’accord est voté à la mi-janvier, le Royaume-Uni restera quoiqu’il en soit dans le giron européen, les Britanniques seront d’ailleurs les seuls à avoir connu la participation au marché unique et l’appartenance à l’union douanière européenne. Cette union douanière permettra au royaume de conserver des relations avec ses partenaires européens, grâce aux droits de douane inexistants pour les échanges intra-zones, et à des tarifs douaniers communs aux Européens pour les partenaires extérieurs. Seul hic : les Britanniques en bénéficieront sans avoir le droit de les négocier. C’est, d’un point de vue de la souveraineté, un mauvais point que Theresa May doit faire passer à son Parlement, mais c’est réellement un vrai travail de titan auquel échappe le Royaume-Uni, un travail de négociations d’Etat à Etat qui aurait pu durer des années.

C’est donc le principal reniement de l’accord obtenu par Theresa May, un reniement de souveraineté de la politique commerciale. Ce n’est évidemment pas le reniement d’une seule femme, mais l’état d’esprit général d’une classe politique pour se sortir d’une situation sans issue. « C’est un partenariat qui, je crois, ne représente pas que les intérêts du Royaume-Uni, mais aussi ceux plus larges de l’Union européenne » se justifie la Première ministre. L’Europe est satisfaite de cette mesure puisque les échanges commerciaux ne seront pas impactés par une frontière et des droits de douane. Et du côté britannique, Theresa May rentre dans sa promesse de base qui est de réaliser le Brexit, quoiqu’il arrive, Brexit means Brexit, qu’il soit soft, hard ou réalisé qu’à moitié. Dans l’opposition, cela fait quelques mois déjà que le principal opposant à Theresa May, le travailliste Jeremy Corbyn, se prononce en faveur du maintien du Royaume-Uni au sein de l’union douanière. S’il n’accepte pas le deal actuellement négocié par Theresa May, il s’agit donc d’une position purement politicienne. Et c’est peut-être la plus grande difficulté des citoyens Britanniques : être face à des politiciens irrationnels et opportunistes.

Retour en arrière, il y a trois ans. Le vote, le 23 juin 2016, a plongé bien plus qu’un pays, toute une zone économique, dans le noir total. Lors de la campagne non moins mouvementée du referendum britannique, les Brexiters n’avaient pas lésiné sur les conséquences favorables d’une sortie de l’Union européenne. Moins d’immigration, moins de normes pour les entreprises et plus de prospérité économique et sociale étaient les promesses phares. On connaissait les fins, sans avoir une idée des moyens pour y parvenir : qu’adviendrait-il des milliers de citoyens britanniques en Europe et des résidents européens sur l’île ? Comment allait-on faire avec l’Irlande ? Les entreprises allaient-elles rester sur le sol britannique une fois la sortie de l’Union actée ? Autant de questions qui sont restées sans réponse et auxquelles aucuns des nombreux visages du Leave n’avaient pas donné de réponse concrète. Ceux-ci ont progressivement quitté le navire.

Ce qui a favorisé Theresa May arrive au 10 Downing Street en juillet 2016, en pleine hécatombe politique. Réputée pour être conservatrice et libérale,  elle avait participé, a minima lui a-t-on reproché, à la campagne en faveur du Remain. Elle promet alors de réaliser le Brexit, « parce que c’est la volonté du peuple », dit-elle. « Une femme politique non idéologique avec un côté impitoyable et qui fait son travail » écrit d’elle le New York Times.

Le manque d’idéologie et de vision politique est surement le plus grand défaut des politiques britanniques. Depuis deux ans, à la fois chez les conservateurs et chez les travaillistes, on lorgne sur le poste de Premier ministre, sans savoir ce qui pourrait être fait de différent.

Les analystes s’accordent d’ailleurs pour considérer que les politiques britanniques se reconnaissent par leur opportunisme politique sans limite. Avec un seul objectif : se hisser au pouvoir, qu’importent l’art et la manière, les reniements et les retournements de veste.

Les dindons de la farce, ce sont les millions de citoyens qui ont voté et ont cru à un changement se retrouvent finalement les dindons de la farce, sans savoir pour quoi ni contre quoi ils votaient à l’époque. La demande d’un second referendum, supportée par des personnalités de choix comme Tony Blair, n’apparait pas illégitime tant la confusion est grande. La grande perdante risque d’être la démocratie britannique.

k.A