Huit milliards d’euros de déficit en 2014, puis 16 milliards, 32 et 40 en 2040,le rapport que la Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie (HCAAM) vient de publier fait peur. Surtout au moment où François Hollande s’engage à réduire les dépenses publiques. Après beaucoup d’autres, les centaines de pages de ce document décrivent comment la catastrophe va se produire. Pourquoi ne pas plutôt chercher à comprendre comment font l’Allemagne, la Suède ou les Pays-Bas : ces pays très proches dépensent moins, équilibrent leurs comptes, fournissent des soins d’aussi bonne qualité et ont mis en place un cadre où médecins et autres acteurs de la santé exercent de façon beaucoup plus apaisée qu’en France ?

Le rapprochement est cruel. Ce rapport annonçant la faillite de notre système d’assurance maladie, et donc de notre système de santé, est publié une semaine après deux décisions spectaculaires du gouvernement. D’abord la suppression du jour de carence en cas de congé maladie dans les hôpitaux. Une mesure qui avait, dès la première année, économisé une centaine de millions d’euros. A la lecture du constat de l’HCAAM, c’est évidemment la mise en place de trois jours de carence comme dans le privé qu’il fallait décider d’urgence.

La seconde mesure concerne l’hôpital de l’Hôtel Dieu à Paris. A peine nommé, le nouveau directeur de l’AP-HP a décidé non seulement de ne pas fermer l’Hôtel-Dieu comme prévu depuis une dizaine d’années, mais aussi de ne pas toucher au millier de fonctionnaires du siège de l’AP-HP (Avenue Victoria, Miramion, Fossés Saint-Marcel, Saint Martin). Le projet précédent consistait à vendre l’hôtel particulier de l’avenue Victoria pour financer le réaménagement en bureaux de l’Hôtel-Dieu. En semblant donner satisfaction à la fois au personnel médical de l’Hôtel-Dieu et aux administratifs du siège de l’AP-HP, Martin Hirsch fait coup double. Mais éloigne encore cet organisme des restructurations de fond qui sont indispensables et inévitables.

On se demandait comment le seul lobbying d’une partie du personnel médical avait pu faire traîner le dossier Hôtel-Dieu aussi longtemps. On comprend maintenant que les administratifs du siège étaient aussi à l’œuvre pour que rien ne change, même s’ils n’auraient déménagé que de 300 mètres. Le regroupement de l’ensemble de ces personnels à l’Hôtel-Dieu dans des locaux rendus fonctionnels aurait été une occasion unique de réorganiser ce siège et de réduire le nombre des salariés. En 2009, la structuration des 37 hôpitaux de l’AP-HP en cinq « Groupes hospitaliers (GH) » aurait dû conduire à beaucoup plus d’autonomie des ces groupes, à des transferts de responsabilité et de compétence en leur faveur, et à la drastique réduction de la taille du siège de l’AP-HP qui n’a pas eu lieu.

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