Banquière, viticultrice, philanthrope… La présidente du comité exécutif du groupe Edmond de Rothschild s’appuie sur la finance, mais aussi sur l’art de vivre pour développer l’empire familial.

Dos de scarabées, becs de toucans, dents de jaguar, griffes de singes… « Magnifique, n’est-ce pas ? », sourit Ariane de Rothschild en détaillant la composition des coiffes et des bijoux amazoniens qui décorent ses bureaux parisiens, à un jet de pierre de l’Elysée. Cette extraordinaire collection anthropologique côtoie des poteries colombiennes, des peintures du Catalan Miquel Barcelo, du Japonais Sugawara et des photos d’Irving Penn. Des choix forts qui disent la passion pour l’art et l’ouverture sur le monde de l’inclassable épouse de Benjamin de Rothschild, tout à la fois banquière, philanthrope, viticultrice, mère de famille et mécène.

« Héritage clair »

Quatre ans déjà qu’Ariane de Rothschild a pris les rênes d’un groupe financier gérant 156 milliards d’euros d’actifs et employant 2 700 salariés, dont son mari préside le conseil d’administration. Des polémiques ayant entouré son arrivée aux manettes, il n’est plus question. « La France, le Luxembourg, la Suisse, les trois entités bancaires se parlent et travaillent ensemble, c’est un grand pas », dit-elle. Le groupe continue à se diversifier. L’immobilier, inexistant il y a quatre ans, pèse 10 milliards. Le financement d’infrastructures est une autre innovation. « Financer des routes, des écoles, la transition énergétique, c’est cohérent avec notre vision : long terme et financement de l’économie utile », explique la dirigeante. Unifié, le groupe vient aussi de faire la paix avec Rothschild & Co, la banque fondée par David de Rothschild. Benjamin et Ariane reprochaient à leurs cousins français d’accaparer à leur profit le patronyme. Signé en juin, un accord a éteint le conflit en précisant l’usage du nom : côté suisse, la marque reste Edmond de Rothschild. Côté français, plus question d’omettre le suffixe « & Co » à la fin du mon Rothschild. « Je ne demandais pas plus que cela », rappelle la banquière, tout en rappelant les enjeux de l’accord : « Il était important d’avoir une compétition loyale, avec des identités clairement définies. La confusion des marques n’était salutaire pour personne. » Pour la mère de quatre filles, il était aussi « vital de laisser un héritage clair ».

Un héritage qu’Ariane de Rothschild entend perpétuer non comme un musée mais comme un ensemble vivant. « Nous avons demandé aux équipes de définir la culture d’entreprise, explique-t-elle. Un des grands enjeux, c’est de passer du mythe Rothschild au quotidien du groupe Edmond Rothschild. Il faut s’engager au quotidien avec des valeurs très fortes pour être à la hauteur du mythe. » Des ateliers ont fait émerger les valeurs propres au groupe, comme l’utilité de l’argent. « Si vous voulez faire de l’argent pour l’argent, vous n’avez pas votre place chez nous » dit la baronne, qui affirme « détester la statutaire ».

« Pas anecdotique ou chic »

Après la période de rationalisation et de structuration, la dirigeante a maintenant l’ambition de jeter des ponts entre les activités qu’elle pilote. Car l’empire ne se réduit pas à la banque. Le pôle « art de vivre », unifie depuis 2015 sous la marque Edmond de Rothschild Héritage, comprend huit établissements hôteliers à Megève, une vaste exploitation agricole dans la Brie, et un ensemble de domaines viticoles, français, espagnol, sud-africain, néo-zélandais, argentin. Edmond de Rothschild Heritage, ce n’est pas anecdotique ou chic. Nous produisons 3,5 millions de bouteilles par an et 160 tonnes de fromage fermier ». Le couple de milliardaires pilotes et finance aussi douze fondations philanthropiques dans différents pays, dont l’hôpital ophtalmologique Adolphe de Rothschild à Paris. Le quatrième pôle est une aventure sportive et technologique : une équipe de vingt personnes achève les tests du voilier Gitana, avant les grandes courses en mer.

Source : Challenges