Non, les caciques – pas même « le meilleur d’entre eux » – ne les entendent pas. Ils n’entendent que le tintamarre qu’ils font à la suite des quelques mots imprécis prononcés par M. Fillon au sujet de l’avenir électoral de leur parti, mais suffisamment clairs pour 72 % des sympathisants UMP (BVA pour iTélé).

 

« Le sourd n’entend pas le tonnerre, mais il recevra la pluie ». Un grand nombre de ces caciques seront battus, mais peu retourneront à leur charrue. En définitive, une peine bien légère cette plaie d’orgueil, pour ceux qui ont accumulé erreurs, bévues et fautes, revers et échecs. Ne sont-ils pas en place impunément depuis plus de 30 ans ?

 

Entendent-ils ces centaines de milliers de nos concitoyens qui, angoissés par l’insécurité, ont signé une pétition de soutien au bijoutier de Nice, victime d’une agression, sans même se préoccuper du bien-fondé de son comportement ? La colère, la colère seulement.

 

Non, nos hérauts, MM. Jupé, Raffarin, Copé, Borloo et tant d’autres, n’entendent que les proclamations auxquelles les destine ce rôle, mais pas le grondement. Même assiégés, ils s’interrogent sur des évidences dans le cas des seconds tours électoraux qui ne leur seraient pas favorables :

Peut-on voter socialiste ? La réponse est un non catégorique si le jugement porte sur la conduite de notre économie. Il n’y a pas d’exemple de réussite d’une économie socialiste.

 

Peut-on voter socialiste ? Poser cette question à leur électorat est absurde, s’il s’agit d’approuver leurs réformes sociétales profondes concernant la famille, l’enseignement, l’immigration, la sécurité, l’organisation de la justice, le multiculturalisme, le vote des émigrés… Absurde, car ils connaissent la réponse.

 

Que leur reste-t-il pour affirmer la pertinence de leur rejet d’un autre compétiteur ?

 

Des « Valeurs », rarement précisées, alors que celles qui rejettent ces réformes sociétales, terreau sur lequel prospère l’insécurité, et celles qui visent à faire respecter l’identité et la culture françaises, fondent la convergence de plus d’un Français sur deux, convaincus que sur ces chapitres, le mal est à gauche et non à droite, même la plus extrême.

 

Des « valeurs » rarement précisées, et quand elles le sont, elles ne sont pas convaincantes. On en rira encore longtemps, en se rappelant qu’elles ont conduit des personnages éminents devant les tribunaux pour des emplois fictifs. Certes, comme dans tous les partis. Certes, « il n’y a jamais eu d’enrichissement personnel ». Mais si l’intérêt financier d’un parti reste indispensable aux carrières, c’est-à-dire aux intérêts personnels, il ne coïncide pas forcément avec celui des contribuables, ni avec la morale politique ou la morale tout court.

Certains de ces hérauts (M. Le Maire) invoquent les « valeurs » du Général De Gaulle, pour condamner tout contact avec un autre parti, en oubliant de rappeler que, n’écoutant que son sens tactique, il avait nommé M. Maurice Thorez, Ministre d’Etat de la France, malgré sa fuite à Moscou à la suite de la conclusion du pacte Germano-Soviétique, soit avant le début des hostilités. Ne représentait-il pas en 1945 un fort pourcentage du corps électoral ?

 

Croient-ils, ces « leaders », qu’un reflux inexorable conduira à l’alternance et qu’ils reprendront leur place ? Nous feront-ils courir le risque qu’il en soit différemment, que le pouvoir soit confié de nouveau à M. Hollande, à la gauche et à l’extrême gauche ? Et si l’alternance est gagnée, à quelles fins ? Aujourd’hui seul l’un d’entre eux (M. Fillon) prévoit « 35 mesures capitales », dont l’abandon des 35 heures, ce qu’il n’a pas osé, ou pu faire, quand il était premier ministre, et l’abolition de l’obtention de la nationalité française en vertu du droit du sol, ce qui, n’étant pas du goût des socialistes, sera probablement mis aux oubliettes. 

 

Est-ce la malédiction de la France de vivre ce jugement d’Isaïe : « Ceux qui conduisent ce peuple l’égarent. Et ceux qui se laissent conduire se perdent »?

 

Cette référence biblique pourrait donner raison aux commentateurs de nos chroniques qui estiment que « nous ne faisons que gémir inutilement devant un mur des lamentations ». Hélas, nous ne sommes plus assez jeune pour conduire une révolution, mais les pamphlets finissent parfois par recueillir leurs fruits : nos concitoyens ne seront pas éternellement aveugles ou impuissants.

Gabriel Levy