Alstom ! Ce nom d’entreprise devrait déchaîner la colère des Français. Un fleuron de l’industrie nationale, à l’histoire complexe et à la gestion particulièrement désastreuse, a été réduit progressivement à deux entités : l’une pour l’énergie, l’autre pour les transports.

En 2014, le PDG Patrick Kron vend la branche énergie à General Electric, une société américaine. Cette cession est l’aboutissement du «Piège américain ».

« En vendant, nous avons renoncé à notre souveraineté sur la maintenance de nos 58 unités nucléaires. » Aujourd’hui, GE assure, en effet, l’entretien et le renouvellement des turbo-alternateurs de toutes les centrales nucléaires françaises, la production des turbines Arabelle pour les réacteurs EPR et la fourniture des turbines de propulsion des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et du Charles-de-Gaulle. Il y a, dans cette démarche, un acte de haute trahison qu’on ne souligne pas suffisamment.

Par ailleurs – et on s’attache davantage à ce point -, l’entreprise américaine s’était, lors de l’achat, engagée à créer 1.000 emplois et elle a annoncé, au contraire, au lendemain des élections européennes, qu’elle allait en supprimer un millier en France et 800 à Belfort. Certes, l’État va toucher 50 millions en contrepartie, mais le coût social de l’opération pour Belfort est énorme. Or, dans l’ombre de cette ténébreuse affaire, il y a un homme, et qui n’est pas le premier venu : Emmanuel Macron en personne  fin 2014, lorsqu’il est devenu ministre.

Si on compare cette méthode à celle de Francis Mer et de Nicolas Sarkozy en 2004, alors qu’ils avaient sauvé Alstom en obligeant la Commission européenne à accepter l’intervention de l’État, lequel avait réalisé une plus-value sur la revente de ses parts, une fois l’entreprise requinquée, il y a une angoissante question à poser sur celui qui est actuellement le chef de l’État ! Non seulement la filière nucléaire est en partie cédée à l’étranger, et donc notre souveraineté altérée, mais des emplois sont perdus et une région industrielle sinistrée.

Ces affaires sont consternantes : à chaque fois, elles soulignent l’incompétence, l’avidité, sinon la corruption de dirigeants français, et le fait que celui qui préside aux destinées du pays n’est pas étranger au démantèlement de son industrie. Au lieu de glisser sur cet aspect essentiel de l’actualité, politiques et journalistes devraient s’en saisir d’urgence ! Aux États-Unis, les procédures seraient déjà lancées.

Gege