Pour François de Rugy, il s’agissait d’aller vite pour contre-attaquer et installer son innocence dans l’opinion tout en retournant la charge de la culpabilité sur Mediapart. Cela va-t-il prendre?

L’inspection diligentée par l’Assemblée nationale a rendu son rapport. Il va dans le sens de ce que François de Rugy avance depuis plusieurs semaines. Il s’est considéré blanchi en direct à 20h sur le plateau de France 2. Son avocat Me Olivier Sur a détaillé sur France info et dans le Figaro que les accusations proférées contre lui par Mediapart n’avaient aucun fondement. Ce dernier a même précisé que le parquet a décidé de ne pas lancer d’enquête préliminaire, point essentiel dans la hiérarchie des griefs permettant d’évaluer l’importance de “l’escadrille des emmerdements” si le lecteur me permet d’emprunter Président Chirac cette formule célébrissime. 

Désormais, le temps presse. À l’instar des méthodes que chaque communicant formé aux méthodes des PR litigation connaît, il s’agit d’aller vite pour lancer la contre-attaque et installer dans les opinions publiques l’innocence de M. de Rugy. Et retourner de fait la charge de la culpabilité sur Mediapart en le drapant des atours de l’indigne délateur. Une plainte en diffamation a été déposée en ce sens et ne manquera pas de nourrir les manchettes des gazettes et les indignations sur les réseaux sociaux dans les prochains mois.

Il était urgent de conquérir l’ensemble des espaces à très forte audience des médias français pour que le peuple doute avant de savourer des vacances bien méritées.

La jurisprudence Balladur, en son temps appliquée à M. Rousset, voulait qu’un ministre mis en examen accepte de renoncer à sa présomption d’innocence d’un point de vue médiatique, en démissionnant de ses fonctions. Puis il pouvait se défendre et retrouver la sérénité puisqu’il disparaissait instantanément des radars médiatiques. Étonnamment, les grandes démocraties ont inventé une nouvelle forme de “suffrage censitaire médiatique”. Seuls les citoyens d’une certaine élite peuvent prétendre à l’attention d’une accusation médiatisée. Déchu de son titre l’accusé n’en perd par moins la qualification judiciaire, lorsque c’est le cas. Et ce n’est pas le cas pour M. de Rugy. Mais il retrouve la paix et la vindicte s’adoucit soudainement.

Depuis, le temps numérique est advenu et s’est imposé. Le temps poursuit son accélération lorsqu’il s’agit de révélations touchant des membres du gouvernement. Désormais on démissionne lorsque la vraisemblance des accusations place sur la sellette le mis en accusation. La stratégie de M. de Rugy et de son avocat tente de procéder à un revirement de jurisprudence et d’imposer l’idée d’une réintégration du ministre déchu à l’instar de ce qui se fait dans le privé en application du droit du travail suite à la décision d’un conseil de Prud’hommes.

Vont désormais s’ouvrir cinq séquences de communication concomitantes, très intéressantes à observer d’un point de vue médiatique: 

1. De Rugy pourrait-il retrouver son rang au sein du gouvernement?

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