Jean-Yves Le Drian n’est plus président de la région Bretagne. Le ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères a officialisé son départ vendredi dernier en début d’après-midi au conseil régional à Rennes. Il se plie ainsi à la nouvelle règle édictée par le président Macron qui interdit de cumuler une responsabilité ministérielle avec un exécutif local.
Jean-Yves Le Drian est l’un des seuls rescapés du mandat de François Hollande. Ancien ministre de la Défense, le Breton hérite cette fois du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. S’il n’était pas le ministre le plus connu à ses débuts au sein du gouvernement Hollande, Jean-Yves Le Drian est devenu aujourd’hui l’un des plus appréciés. « Il a un réseau incroyable. C’est quelqu’un qui est respecté par des gens de droite comme de gauche. Il n’a pas vraiment d’ennemi », résume Benjamin Keltz, auteur du livre « Le phénomène Le Drian ».  
Ce fils d’ouvriers morbihannais, né en 1947 à Lorient est devenu l’un des ministres clés du quinquennat de François Hollande et un chef de guerre écouté par les puissants de ce monde. Qui se cache derrière l’image du Breton à la tête dure assumant totalement son rôle de VRP de l’industrie de l’armement ? L’itinéraire de cet homme complexe, affable et fin stratège, socialiste et libéral, républicain et régionaliste est impressionnant. Il est élu maire de Lorient en 1981et occupe cette fonction pendant 17 ans jusqu’en 1998, date de sa démission pour cause de cumul de mandats après son élection au conseil régional de Bretagne. Le jeune chrétien de gauche engagé, brillant et travailleur, devenu homme politique socialiste et franc-maçon, suit son cap franchement, sans prétention mais résolument, écartant ses adversaires, privilégiant les choix pragmatiques aux postures idéologiques, sans jamais renier son identité bretonne.  Défenseur de la Bretagne dans un procès de membres du FLB, chevalier breton adoubé par les attaques venimeuses de Mélenchon et Françoise Morvan, il est qualifié de « Baron » lorsqu’il conquiert le conseil régional puis de « Duc » une fois ministre.
Jean-Yves Le Drian a voulu ce poste et l’a préparé avec sérieux. Ministre préféré des Français, il a su durer et a contribué à redorer le blason des ministres de la Défense de Gauche.  Le ministre fut l’inspirateur principal des actions pour le Mali et la République Centrafricaine et contre DAESH. Dans le Golfe, en particulier en Arabie saoudite, M. Le Drian a aussi su réparer les pots cassés de la diplomatie de Nicolas Sarkozy et s’attirer le respect des princes sunnites. Intime des dirigeants subsahariens et arabes, de l’Egyptien Abdel Fattah Al-Sissi au Tchadien Idriss Déby, il assume sans complexe ses liens avec des régimes souvent décriés en matière de droits de l’homme. « Notre ennemi, c’est Daech ,Assad, c’est l’ennemi du peuple syrien », lançait-il à l’automne 2015, alors que la France commençait ses frappes aériennes contre les djihadistes.

La présence de Le Drian, homme posé et discret qui se fait remarquer par sa sobriété d’expression et de comportement à la tête du Quai d’Orsay représente en tout cas, comme l’a souligné un diplomate, « la garantie d’une continuité dans le réalisme musclé ».