Je lisais, il y a quelques jours un article dans Le Monde (09-10/04/17) intitulé « L’angoisse des éleveurs de canards ». Mon sang n’a fait qu’un tour ! La même irritation ressentiel qu’il y a peu à propos de la « crise du porc » – entendez « la crise des éleveurs de porcs ». Dans les deux cas, pas un mot sur l’animal. Il est vrai que, dans la logique libérale-capitaliste-financière, cet animal-là : porc, canard, mais aussi vache, agneau, poulet, et quelques autres « bêtes de la ferme », est moins un être vivant « doué de sensibilité » qu’une marchandise destinée à la consommation (les éleveurs ne parlent-ils pas de « lots » de canards ?). Alors, bien sûr, si je compatis – raisonnablement – aux problèmes financiers des éleveurs de ces « bêtes », je compatis plus encore -moins émotionnellement que par réflexe humaniste – au drame que vivent les « animaux de ferme », exterminés (les autorités sanitaires parlent honteusement de « dépeuplement »), par millions s’agissant des canards – on parle de quatre ou cinq millions, ce qui est considérable, quand on sait que certains abattages ont été faits à titre préventif pour éviter la contamination de l’épidémie de grippe aviaire – épidémie, on le sait, déclenchée à l’occasion du transport des animaux.

La question est posée : une agriculture humaniste, écologique, est-elle définitivement impossible ? Avons-nous besoin, nous les humains dits « civilisés », de viande, autrement dit, de chair animale pour vivre ? Et, dans le cas présent, avons-nous besoin de consommer foie gras et autre cassoulet pour nous sentir pleinement Français ? Non, évidemment, dans les deux cas.
J’entends bien sûr l’objection : mais c’est toute une région qui vit de ce commerce d’élevage, un élevage qui fait vivre des milliers de gens, et puis il y a la gastronomie française. Imagine-t-on, me rétorque-t-on encore, un repas de fête de fin d’année sans foie gras, dinde ou saumon ? Ah ! l’argument de la « culture gastronomique » ! On sait combien les défenseurs de corridas savent se réfugier lâchement derrière l’argument culturel, pour justifier les mises à mort dans les arènes !
Non, je vous le dis, on ne me fera pas pleurer aujourd’hui devant des salles de gavage vides, devant un productivisme sans bornes. N’est-il pas temps d’inventer une autre agriculture, moins dégradante de la nature, moins exterminatrice ? J’en suis, pour ma part, intimement convaincu.

A LIRE : « Merci Will et à bientôt », ED. LGO (en vente sur les sites Amazon, Fnac, etc.)

 

Michel Fize, sociologue, défenseur de la cause animale