Le neuro-oncologue François Berger s’apprête, avec des confrères, à lancer un appel à un moratoire contre le transhumanisme. Ce serait, à notre connaissance, une première mondiale. Voici notre réaction.

En tant que représentants de l’Association Française Transhumaniste, nous ne pouvons que nous élever contre les analyses de François Berger et la proposition qu’il en tire.

Il faut dire à quel point l’image qu’il donne du transhumanisme est déformée par tout un ensemble de méconnaissances et de fantasmes portés sur ce mouvement de pensée.

Il faut sans doute aussi expliciter comment, avec d’autres scientifiques de son domaine, il se trouve pris dans une contradiction. Parce que leurs travaux confortent chaque jour davantage les thèses transhumanistes, ils craignent de se trouver emportés par les vagues de rejet irrationnel que ce mouvement suscite encore souvent en France.

Ce n’est pas un détail de donner à penser que la pensée transhumaniste serait née dans les années 50 – alors qu’il n’apparaît, en tant que mouvement systématiquement organisé que dans les années 1980. En parlant des années 50, François Berger fait allusion à la première occurence du terme « transhumanisme » sous la plume de Julian Huxley (le frère de l’auteur du Meilleur des mondes, Aldous Huxley) et aux conceptions eugénistes de celui-ci, à une époque où un eugénisme négatif était encore pratiqué en Amérique du Nord ou en Scandinavie (stérilisation ou trépanation de personnes handicapées …). Cette référence intentionnelle tend à dire que le transhumanisme ne saurait être distingué, au fond, de l’eugénisme. Autrement dit, il est diabolisé d’emblée.

Les allégations qui suivent alternent le vrai, le faux et le fantasmatique. Oui, les transhumanistes prônent l’amélioration de la condition humaine, y compris biologique, par les techniques. Oui, ils souhaitent, pour tous ceux qui le désireraient, un accroissement radical de la durée de vie en bonne santé. Non, ils ne visent pas en fait l’immortalité absolue – qui n’est qu’un concept métaphysique et un slogan – Ils visent l’amortalité (l’accident, l’homicide, le suicide demeurent). Non, la très grande majorité des transhumanistes ne vendent pas quoi que ce soit. Le transhumanisme est d’abord un mouvement intellectuel et culturel. La plupart de ses militants dans le monde sont des bénévoles d’associations. Les acteurs scientifiques, industriels et financiers dont l’action pèse bien sûr très lourd dans l’évolution transhumaniste actuelle, ne résument ni la pensée, ni le mouvement transhumaniste. Non, le transhumanisme n’est pas synonyme de refus de toute régulation. Au contraire, depuis bientôt vingt ans, au niveau mondial, le mouvement n’a cessé d’intégrer cette nécessité. L’un des transhumanistes les plus célèbres, le philosophe suédois Nick Bostrom, est à l’origine des alertes sur les risques liées au développement d’une Intelligence artificielle forte, relayées par Stephen Hawking, Elon Musk ou Bill Gates. En France, le mouvement est dominé par sa tendance techno-progressiste qui insiste sur la mise au premier plan de la régulation et de la prévention des risques environnementaux et sanitaires ainsi que de la question sociale.

Par contre, François Berger a raison sur un point, les transhumanistes considèrent que l’antique dissociation entre le « normal » (les guillemets sont de lui) et le pathologique mérite d’être revisitée, et peut-être abolie.