La première question est un constat : une fois élu, Nicolas Sarkozy dont la campagne était en partie libérale a relégué ses défenseurs soit à de « petits » ministères, soit à des postes où ils ont occulté leur libéralisme, (on pense ici à Gérard Longuet ou Luc Chatel). Qu’en pensez-vous ?

 

En effet, et c’est très regrettable. On a besoin des libéraux plus que jamais. Le quinquennat de N. Sarkozy, a, je crois, mis la France sur la bonne trajectoire, en rupture avec l’immobilisme chiraquien. Mais nous sommes nombreux à penser qu’il n’a pas agi assez vite, qu’il a raté des occasions. Cela étant, il n’y a pas eu de déchirures sociales, ni d’émeute majeure. La France est un pays compliqué et très fragile. L’occasion ratée de la Tva sociale en est un exemple : en 2007 le rapport Lagarde et Besson est remis à François Fillon début septembre, et il l’enterrera sur instruction de N. Sarkozy alors qu’il était tout à fait possible de la mettre en place à ce moment-là. Pourquoi ? D’une certaine manière, ils réfléchissent trop, et se disent : « on va faire la réforme des régimes spéciaux d’abord et puis ensuite on fera la réforme des retraites et on ne va donc pas faire en plus la TVA sociale tout de suite, on la fera après. » Mais à force de dire « après », on rate des occasions, et puis la crise arrive et on ne peut plus rien faire et on perd cinq ans. C’est frustrant.

Les libéraux reprochent à Sarkozy d’avoir laissé filer les déficits, même avant la crise. On a l’impression que sa gestion n’a pas été rigoureuse, et ce, dès le début du quinquennat. Est-ce aussi votre impression, ou est-ce seulement « faute à la crise » ?

C’est vrai, la réduction des déficits n’a pas constitué une priorité absolue du début de quinquennat. En 2007, les chiffres sont bons, on a une économie qui va très bien, en tout cas jusqu’en août, donc les déficits se réduisent « naturellement ». Juste avant son élection, Sarkozy s’engage à réduire le chômage à 5%. Il n’était pas fou, un certain optimisme économique régnait à l’époque, alors que nous étions tout près de l’éclatement d’une bulle, nous avons été tous pris au dépourvu. Donc oui, il y a sans doute eu un manque de rigueur. Je ne me défausse pas mais je rappelle qu’en 2007, je n’avais pris ma carte que depuis deux ans, je n’avais pas encore de responsabilité à l’UMP. J’étais donc simple spectateur. En revanche en tant que cadre du MEDEF, je faisais partie des grands impatients, qui demandaient l’instauration rapide de la TVA sociale et d’un budget rigoureux. Mais nous étions en même temps séduits par le personnage dynamique, qui faisait bouger les choses, et qui fit rapidement des erreurs de communication pour se retrouver finalement piégé par les événements.

Dans la  tribune du Figaro du 20 septembre, vous commencez par défendre la capacité de rassemblement d’Alain Madelin. Puis vous appelez à instaurer la TVA sociale, que vous considérez comme une mesure importante alors qu’elle a été décriée par le même Alain Madelin qui a fustigé son inefficacité avec des arguments très forts. N’est-ce pas paradoxal ?

C’est vrai. Avec Alain nous nous sommes disputés plusieurs fois à ce sujet.  Je comprends ses arguments mais je ne suis pas d’accord. On a un vrai problème de marge au niveau des entreprises qui ne peuvent plus autofinancer leurs investissements, innover, exporter (on est à 28% d’EBE sur la valeur ajoutée là où les Allemands sont à 43%, les Italiens au-dessus de 40%). En moyenne, les entreprises françaises sont exsangues. On doit aller chercher la croissance là où elle est et on n’a même pas les moyens de financer l’envoi de commerciaux. C’est l’urgence absolue et je pense qu’Alain Madelin se trompe même si je peux comprendre son raisonnement théorique qui est fondé uniquement sur la baisse des dépenses publiques plutôt que sur le transfert de prélèvements obligatoires : il faut rétablir les marges de manœuvres des entreprises, qui sont au plus bas depuis 30 ans, dramatiquement basses comparées aux autres membres de la zone euro. Il faut baisser les charges par tous les moyens, quitte à augmenter d’autres prélèvements. Je ne sais pas ce que Gallois va proposer le 15 octobre, mais peut-être faut-il sortir de l’idée de conserver les mêmes prélèvements. Peut-être faut-il baisser les charges sociales, augmenter un peu certains taux de TVA réduite, et aussi baisser les dépenses sociales. Les socialistes oseront-ils ? J’en doute. On peut aussi choisir de payer autant et dérembourser certains soins y compris dans les affections de longue durée, on peut mettre en place une franchise de dépenses de santé en fonction du revenu, mécanismes qui sont moins récessifs que l’augmentation continue des impôts. C’est d’ailleurs une des propositions que je fais sur le site pactepourlafrance.fr .

 

Votre parcours politique vous a amené à  adhérer à de multiples structures…UMP, Parti Radical (PR), Parti Libéral Démocrate (PLD). Comment expliquez-vous cela ?

 

J’ai d’abord adhéré à l’UMP, puis au Parti Radical Valoisien ; on m’avait convaincu que sa taille plus « humaine » serait un atout pour y développer mes idées. J’ai accepté et participé aux travaux de la fédération de Paris du Parti Radical, jusqu’à ce que J-L. Borloo décide de se présenter à la présidentielle, ce qui a entraîné la scission du PR de l’UMP. Après quelques mois de hiatus, au début 2012, il m’a fallu choisir, et j’ai choisi d’être candidat aux législatives dans le 12ème arrondissement avec l’investiture de l’UMP ce qui m’a valu l’exclusion du Parti Radical.

 

À ce sujet vous avez déclaré en 2009 : « Le PR est le meilleur défenseur des idées auxquelles je crois : Liberté, Égalité, Fraternité… et Laïcité. » Pensez-vous toujours la même chose aujourd’hui ?

 

Je ne vais plus défendre le PR alors que je n’y suis plus… Mais c’est un parti qui défend il est vrai les valeurs républicaines, et pas plus égalité et fraternité que liberté. Cela étant plus  j’avance dans mon parcours de citoyen qui veut s’impliquer dans la vie politique, plus je me rends compte que les solutions passent par plus de Liberté et moins de rigidité dans le système, donc plus de libéralisme. Non pas par pur dogmatisme mais bien parce que c’est le moyen le plus efficace de favoriser le progrès, de créer des  richesses et de pouvoir financer une solidarité, autrement qu’à crédit. Je poursuis mon engagement au sein de l’UMP. Cela explique aussi pourquoi j’ai décidé de soutenir Jean-François Copé, qui m’a nommé Secrétaire National. Enfin pour affermir mon corpus idéologique libéral, je rentre, sur proposition d’Aurélien Véron, au bureau du PLD, qui accepte la double appartenance et auquel il est intéressant de contribuer : je crois qu’étant donné le quinquennat à venir, ce sont les idées libérales qui seront à la pointe et permettront à la droite et au centre de remporter les élections en 2017.

 

En ce qui concerne le thème de la laïcité, est-ce toujours une valeur aussi importante pour vous, et n’est-elle pas, telle qu’elle est conçue en France, en contradiction avec la liberté ?

 

Tout dépend de quelle laïcité on parle. Pour moi, il s’agit de la liberté de religion. Ce n’est pas l’indifférence religieuse. Cela ne signifie que l’on doive cacher le religieux. Cela veut dire que chacun est libre d’exercer sa foi. Je pense que c’est complémentaire.

 

Vous n’adhérez donc pas à la définition de la laïcité conçue comme l’idée que le religieux doit être cantonné au privé ?

 

C’est une des définitions, oui. Il y en a d’autres. Concernant l’UMP, lorsque Marine Le Pen a fait sa déclaration sur l’interdiction de la kippa, le secrétaire général du parti a rappelé que ce n’était pas la conception de la laïcité vue par l’UMP. Une laïcité bien comprise, c’est une laïcité où chacun est libre de suivre la religion de son choix, la philosophie qui lui convient, où il n’est pas opprimé pour cela, et où il peut contribuer au débat nécessaire à la société civile, à la communauté nationale. Il peut y avoir ponctuellement des problèmes techniques (comme avec le voile, ou la burqa), où il faut légiférer. Mais, vous savez, il n’y a pas si longtemps les femmes dans nos campagnes avaient un fichu sur la tête. Interdire que les très jeunes filles aillent dans les écoles publiques avec un voile était peut-être une bonne chose. La burqa, prison absurde qui n’a d’ailleurs rien à voir avec l’Islam puisque c’est une tradition séculaire venant du Sud Soudan, est inepte ; c’est contre nos traditions, tout simplement, c’est contre le vivre-ensemble français, contre notre culture.

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