Pas un jour sans (au moins) un tweet trumpien, en lien avec de grands problèmes, pays ou entreprises, avec toujours un ton direct et péremptoire, mais pas forcément une analyse en accord avec la précédente ! Au début, les marchés ont été amusés, puis surpris, puis inquiets sous l’avalanche. Les voilà qui se demandent, aujourd’hui, quel est le risque réel que présente Donald Trump.
Ils ont d’abord compris MAGA (Make America Great Again) comme un slogan politique, visant à maintenir, sinon accroître, sa base électorale. Mais sa traduction financière et économique les perturbe de plus en plus. Pour eux, la baisse des impôts, sur les entreprises surtout, sur les ménages ensuite, faisait sens ! Beaucoup moins d’impôt sur les entreprises si elles rapatriaient leurs 2 800 milliards de dollars parqués en Europe, moins d’impôt pour qu’elles investissent et embauchent, donc un bonus si elles rapatrient des activités aux Etats-Unis et, pour les sociétés étrangères, si elles s’y installent et s’y étendent : c’était clair. Evidemment, ces milliards de réductions fiscales impliquaient de moindres entrées et un creusement du déficit budgétaire : on n’a rien sans rien. Mais Donald Trump promet qu’il sera réduit, et au-delà, par le supplément de croissance engendré. Les marchés se disent plutôt que ces milliards vont alimenter les trésoreries, racheter les actions des sociétés et réduire leurs dettes. Que du bonheur : la bourse montera, le moral suivra ! N’empêche que cette politique est une guerre fiscale.
MAGA continue dans le domaine des échanges, l’idée étant de réduire le déficit commercial en taxant les importations. L’opération commence étrangement par l’acier et l’aluminium et affecte surtout l’Europe, le Canada et le Mexique, mais pas la Chine ! Le tir est ensuite modifié : l’Europe aura un délai (?) et, pour le Canada et le Mexique, tout dépendra de leur « souplesse » dans la réécriture des accords avec les États-Unis. Ceci pourrait marcher, ces pays n’ayant pas grand choix (sauf si le futur président mexicain s’y oppose !). Surtout, le tir converge sur la Chine, à la recherche de taux de douane dits « équitables », avec une « juste » protection des droits de propriété et un « véritable » accès au marché. « Quand une voiture est envoyée des États-Unis en Chine, elle paye un tarif douanier de 2,5%. Quand une voiture est envoyée de Chine aux États-Unis, elle paye un tarif douanier de 25% » tweete Donald Trump le 9 avril. Guerre commerciale ?
Surtout pas, marchés ! « Nous ne sommes pas dans une guerre commerciale, cette guerre a été perdue il y a des années par les personnes stupides ou incompétentes qui représentaient les Etats-Unis. Maintenant nous avons un déficit commercial annuel de 500 milliards de dollars et un vol annuel de droits de propriétés de 300. Nous ne pouvons laisser ceci continuer ! » tweete Donald le 4 avril. Et comme il augmente ses menaces, que Xi Jinping réagit et que les marchés s’inquiètent, le voilà qui ajoute le 8 : « Le Président Xi et moi serons très bons amis, indépendamment de nos batailles sur le commerce. La Chine va abaisser ses barrières douanières parce que c’est la bonne chose à faire. Les taxes deviendront réciproques et un accord fait sur la Propriété intellectuelle »… Et les marchés s’apaisent, n’ayant pas d’autre choix que de faire confiance à cette étrange diplomatie de menaces et de protestations d’amitié. N’empêche, même si Xi Jinping est ouvert, rééquilibrer ainsi les échanges et compenser un « vol », peut être vu comme une guerre commerciale !
Mais les choses ne vont pas s’arrêter en si bon chemin. Des rumeurs viennent sur une stratégie de baisse du Yuan par rapport au dollar. Guerre des changes ? Sauf que la Chine dira qu’elle stabilise sa monnaie par rapport à un panier de monnaies, et que ce n’est pas sa faute si le poids du dollar y baisse ! Compliqué de tweeter là-dessus !
Et les Chinois lancent début avril un contrat à terme sur une variété de pétrole (Basra), pour acheter aux Russes et à l’Arabie Saoudite sans passer par le dollar. Guerre contre le monopole du dollar comme monnaie de compte des matières premières ? Des avions ? Des puces ? Compliqué de tweeter là-dessus !
Et si Trump envoie plus de tweets menaçants, malgré plus de tweets calmants de Donald ? Et si la Chine, pour aider la Russie, se demande si elle doit acheter tant de bons du trésor américain ? Guerre contre la dette américaine : les tweets n’y feront rien !

Jean-Paul Betbeze crée Betbeze Conseil SAS en 2013 pour parler d’économie dans et pour les entreprises.